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CHAPITRE DIX-HUITIÈME

C'est le lied allemand dans sa naïveté charmante, avec un mélange d'abandon, de bonhomie et de douce gaieté. Quand il chante la patrie et ses vieux souvenirs, il n'y mêle point, comme tant d'autres, un cri de haine contre l'étranger; il conserve à la ballade son caractère légendaire, en l'ornant de tous les charmes du récit poétique. Il excelle aussi dans la romance^ avec un sentiment de délicatesse qui exclut la fadeur. La partie faible de ses œuvres, ce sont ses drames ; la conception scénique lui fait défaut.

Gustave Schv^rab (1792-1850), ami de Uhland et professeur à Stuttgard, a fait aussi des romances et des légendes d'un goût très-pur, qui lui assurent un rang distingué parmi les poètes de son pays. Admirateur passionné de la nature, il parcourut en touriste les contrées pittoresques du Wurtemberg, et les décrivit avec une fidélité scrupuleuse dans ses Promenades à travers la Stmabe. Ses Recueils de légendes et ses publications des meilleurs auteurs ailemands sont des services sérieux rendus aux lettres. Il a traduit les Méditations de Lamartine, non sans quelque succès, et aussi le poëme de Napoléon en Egypte, par Barthélémy et Méry, qui ne méritait pas tant d^honneur.

Un autre ami de Uhland, Justinus Kerner (1786-1862), médecin et poëte, se rapproche des romantiques par un peu d'exaltation, et une tendance mystique très-prononcée. Il donna même dans le spiritisme, et écrivit sérieusement Y Histoire de deux Somnambules. Ce qui restera de lui, ce sont ses Ballades, dont le genre fantastique convenait bien à la tournure de son esprit.

Il serait injuste d'oublier quelques autres poètes, dont les noms se rattachent avec honneur au groupe souabe par le ton et la source d'inspiration : le roi Louis I*' de Bavière, auteur de trois petits volumes de poésies, et ama-

teur passionné des beaux-^rts, qu'il a toujours protégés de son goût éclairé ; Karl Mayer, dont les Lieder sont comme un écho de ceux de Uhland; Mœrike, Pfizer, le Suisse Frôlich, tous doués d'heureuses facultés poétiques.

Nous pouvons rapprocher de celte phalange harmonieuse un certain nombre de poëtes de TAutriche allemande, qui ont aussi puisé leur inspiration dans les scènes de la nature ou dans les légendes et les traditions populaires. L* Autriche était restée longtemps en dehors du mouvement littéraire qui entraînait la grande patrie allemande ; elle n'en avait eu ni les élans, ni les témérités, ni les gloires. On peut en trouver les raisons dans la diversité des nations qui la composent, et aussi dans l'absolutisme de son gouvernement, qui étouffait toute liberté de penser sons un régime de compression systématique. C'est dans notre siècle seulement qu'elle a repris un peu de liberté d'allures, et que ses écrivains ont suivi la marche ascensionnelle de l'intelligence qui se produisait dans les autres pays.

Le comte Alexandre d'Auersperg, connu en littérature sous le pseudonyme d'Anastasius Grtin (1806), est un de ceux qui ont protesté le plus vivement en Autriche contre le régime autoritaire dont le vieux prince de Metternich était le représentant obstiné. Quoique décoré du titre de chambellan, il était assez mal vu à la cour, et vécut dans une retraite studieuse, d'où il ne sortit un moment en 1848 que pour siéger au parlement de Francfort. Son libéralisme n'avait rien d'exalté : ce qu'il voulait, c'était un progrès sage et modéré, un dérivatif aux idées révolutionnaires, par l'initiative du souverain. Telle est ridée qui domine dans ses Promenades Sun poëte viennois, ouvrage qui émut vivement l'opinion, et prépara insensi-

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