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CHAPITRE DIX-HUITIÈME

blement la chute du premier ministre. La critique est plus vive^ plus acerbe dans le recueil satirique intitulé les Décombres ; il y accuse plus nettement ses idées réformatrices, dans de. petits poèmes dont les allusions transparentes étaient facilement saisies du lecteur. Grttn éprouvait pour sa patrie une affection vive et forte; il rêvait pour elle des destinées glorieuses. Son premier poôme, Maximilien le dernier chevalier, prouve qu'il ne reniait aucune gloire du passé, et qu'il ne critiquait le présent que pour préparer un meilleur avenir. Son âme loyale de patriote a dû souffrir cruellement en voyant les épreuves par lesquelles a passé son pays, affaibli et humilié par deux grandes guerres. Les autres productions de Grtln sont un recueil de ballades tirées de la légende anglaise sur Robin Hood. Sa place reste marquée dans la poésie lyrique parmi les meilleurs écrivains de notre temps.

Le nom de Nicolas Lenau est aussi un pseudonyme qui cachait le baron de Strehlenau (1802-1850). Hongrois de naissance, il fît ses études à Vienne, et prit goût à la poésie dans la société des poètes souabes. G'était*une âme ardente, dévorée par le doute et la soif du savoir. Après avoir étudié le droit, la médecine, la philosophie, les lettres, il se trouva, comme Faust, désabusé, dégoûté de tout, et il essaya même de refaire la légende diabolique dont il était lui-même un type : son Faust resta en chemin, mais la maladie morale qu'accusait un tel état dégénéra pour lui en folie. Il y avait, dans cet esprit tourmenté et dévoyé, l'étoffe d'un vrai poète : nombre de ses pièces, ballades, romances, respirent une sensibilité vraie, doucement mélancolique , et un peu morbide : ses Chants des grèves et des bois ont ce caractère. On admire beaucoup le Postillon, pièce touchante et triste, où le tableau d'une scène noc-

tume fait ressortir vigoureusement les impressions de Tâme émue par la rêverie et le souvenir.

Le goût est moins pur, l'imagination moins réglée, chez un autre enfant de la Hongrie, Karl Beck (1817), dont les chants afTectent une tendance révolutionnaire prononcée ; il y porte même une exagération qui dégénère en emphase et nuit à l'effet qu'il veut produire. Tout effort n'est pas une preuve de force, et le lecteur se défie quand il sent qu'on veut lui faire violence. Pourtant il y a de beaux accents dans ses Chants silencieux, ses Chants d'un pauvre homme et son Poé'te voyageur.

Nous touchons à l'époque contemporaine, et nous tenons à compléter cette revue des œuvres poétiques , malgré la difficulté de juger des chants dont l'écho retentit encore. Mais après avoir parlé si longuement du passé, on a droit de nous demander compte du présent : il y a pour nous aujourd'hui un double intérêt à bien connaître l'Allemagne, si nous voulons profiter des leçons de l'expérience.

Nous avons déjà pu l remarquer que la poésie |de pure imagination, celle qui ne vit que d'art, de sentiment et d'idéal, tend à faire place à une poésie de passion, de réalité, d'opinion politique et philosophique : cette tendance va s'accuser de plus en plus. Depuis les événements de 1 848, l'agitation produite dans les esprits tient une grande place dans les œuvres littéraires. Nous verrons plus loin comment elle se traduisit dans les écrits de l'école nouvelle qui prit le nom de Jeune Allemagne; nous verrons aussi comment la doctrine athée et panthéiste de Hegel fit invasion dans le domaine de la poésie.

Geibel (1815), de Lubeck, sut préserver sa muse de ces passions des partis, et conserver le culte de l'art, l'amour du beau , l'expression des nobles sentiments, en suivant

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