CHAPITRE DIX-HUITIÈME
les traditions des grands mattres. Après avoir étudié à Bonn» il se rendit en Grèce « en quaHté de précepteur, et en rapporta ses Études classiques, qui furent suivies des Chants populaires et ballades de l'Espagne; celte traduction fut complétée par le recueil des Chants espagnols, publiés en collaboration avec Paul Heise. Il fit ensuite des traduction» semblables du portugais , et publia Cinq livres de la poésie lyrique française. Ces travaux d'érudition, loin d'étouffer chez cet écrivain la spontanéité du génie, n'ont fait que lui donner plus de force, en y ajoutant la maturité et l'intelligence du beau. Il a publié plusieurs volumes de poésies : les Voix d^ à prisent, Junius Lieder, Poésies nouvelles^ Tablettes et Souvenirs, où se trouvent en général une inspiration neuve et fraîche, de nobles sentiments religieux, et souvent même le charme de la naïveté. Geibel a été moins heureux dans ses tentatives dramatiques, qui n'ont eu qu'un médiocre succès : la poésie lyrique restera son domaine et sa gloire. Professeur à l'université de Munich, il dut quitter sa chaire en 1866 à cause de sa prédilection avouée pour l'unité allemande et la prééminence de la Prusse : il a vu depuis se réaliser ses vœux : reste à savoir ce que l'Allemagne gagnera à devenir prussienne.
Karl Simrock (1807), né à Bonn et professeur à l'université de cette ville , s'est fait en quelque sorte le restaurateur des vieux poëmes et des légendes de l'Allemagne ; if a reproduit avec un rare talent cette poésie des siècles passés , en lui laissant sa couleur locale et sa physionomie primitive. Ses Poésies diverses, ses Légendes du Rhin, son poëme épique îVielandle/orgeron, prouvent qu'au mérite de traducteur il savait joindre celui de poëte original et plein de verve.
Reinick (1805-1852) a justifié l'alliance dont parlait Ho-
race, de la poésie et de la peinture : ce peintre de talent étaitaussi un charmant poète, comme le prouvent ses C^n^ et tableaux, ses Lieder, qui réunissent la grâce, l'harmonie et la verve.
Kopisch(1799-1853) est aussi un peintre-poëte, mais poète par délassement, par boutades; conteur ingénieux, spirituel, il peint avec des mots, et se fait un jeu des plus bizarres onomatopées : les vers sont pour lui un amusement plutôt qu'un art.
La baronne de Droste-Hûlshof (1798-1848) représente noblement son sexe dans ce concert harmonieux de la poésie; aussi peut-elle être citée à côté des noms les plus estimés, tels que ceux d'Uhland et de Geibel, et au-dessus des femmes auteurs qui comme elle ont pris la plume ou manié la lyre. Soit qu'elle peigne la nature, comme dans ses Tableaux de la bruyère, soit qu'elle traite des sujets plus passionnés, comme dans sespoëmesde la Jeune Mère, Jeune Amour, elle sait approprier le ton à chaque sujet, et peindre avec autant de force que de grâce les objets extérieurs ou les sentiments qui l'animent. Elle réussit aussi dans la ballade , et le sentiment religieux qui respire dans toutes ses œuvres a imposé le respect à la critique même la plus malveillante. Cette femme distinguée a parfois une force d'inspiration et d'expression au-dessus de son sexe , mais la note dominante est la finesse , la grâce , la tendresse mélancolique, avec un tour d'esprit original qui en fait une durable individualité.