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CHAPITRE XIX

La philosophie moderne : ses tendances. — Ficht. •*- Schelling. — Hegel : La Phénoménologie de V esprit. Exposition de son système: Le Panthéisme logique; Thèse, antithèse et synthèse, — Athéisme et nihilisme. — Droite et gauche hégélienne. — Henri Heine : ses poésies; ses Reisébilder, Séjour en France. Pamphlets. Retour au spiritualisme : V Allemagne, — Le Voltaire allemand. — Atta Troll, — Puissance et impuissance de la raillerie.

En Allemagne plus que partout ailleurs, le mouvement des idées philosophiques est lié à l'histoire des lettres, comme à celle de la religion et de la politique. La philosophie a remué toutes les idées, tous les principes, elle a soulevé les plus graves problèmes , ébranlé les traditions et les convictions les mieux assises; en un mot, elle a reinis tout en question, le passé, le présent et l'avenir de l'homme. Il n'est point de hardiesse de pensée, d'extrémités systématiques où la philosophie allemande ne se soit portée depuis un siècle : elle a parcouru tout le champ du possible, depuis la foi et l'affirmation spiritualiste jusqu'aux derniers confins de la négation , du panthéisme et du nihilisme. Si la nation n'a pas été pervertie par ce dévergondage des systèmes, c'est qu'ils sont heureusement restés pour la plupart dans les abstractions scolaires; c*est aussi parce que l'esprit germanique peut se bercer longtemps dans les rêves de la théorie sans descendre à la pratique. Le génie allemand , essentiellement mystique et rêveur , est en même temps très-positif pour les choses ordinaires de la vie; il concilie ainsi les deux extrêmes, et souvent corrige l'un

par l'autre. D'ailleurs il reste dans les masses un sentiment élevé de moralité chrétienne, qui peut être difficilement entamé par les théories abstraites des professeurs et des savants qui déraisonnent au nom de la raison.

Le dernier philosophe dont nous avons parlé est Kant, perdu dans les profondeurs de l'idéalisme et du moi; nous trouvons ici son disciple , son continuateur et son contradicteur, Jean Gottlieb Picht (1762-1814). Il fut élevé d'abord chez un pasteur, puis au collège de Schulpforter, où il lut en cachette les ouvrages de Lessing; sa foi religieuse en fut ébranlée ; aussi l'étude de la théologie, qu'il fit à l'Uni versité d'Iéna, ne pouvant combler le vide de ses croyances^ il s'adonna avec ardeur à la philosophie. Dénué de ressources, il mena pendant plusieurs années une vie errante et malheureuse, jusqu'au moment où Kant, qui l'avait rebuté d'abord , rendit justice à son mérite, et encouragea ses débuts dans la philosophie. Le premier fruit de ses travaux fut Y Essai d*une critique de toute révélation, ouvrage anonyme, que les journaux attribuèrent à Kant lui-même. Picht vit enfin commencer pour lui une vie plus calme et plus heureuse ; il épousa une nièce de Klopstock, mademoiselle Rahn, qu'il avait connue à Zurich, et il put se livrer paisiblement à ses travaux philosophiques.

Pourtant il eut à subir de nouvelles épreuves. Devenu professeur à léna, il fut accusé d'athéisme, et obligé d'abandonner sa chaire : il se retira à Berlin. L'occupation française l'y trouva en 1807, et il eut le courage, en sa présence» de faire ses Discours à la nation allemande, qui étaient un appel au sentiment national, appel dont l'écho devait préparer l'élan de 1813. Picht devint recteur de l'université de Berlin : c'est là qu'il mourut, atteint du typhus occasionné par les nombreux blessés de la guerre. Sa femme, qui

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