CHAPITRE DIX-NEUVIÈME. 33t
s'était dévouée au service des malades, avait été frappée par la contagion; elle venait d*en guérir quand Ficht, atteint de la même maladie, fut emporté par elle.
Nous ne pouvons étudier et analyser ici les nombreux ouvrages philosophiques de Ficht : il nous suffira d*indiquer les bases de sa doctrine, pour montrer en quoi elle diffère de celle de Kant, et ce qu'elle a prêté aux systèmes postérieurs. Kant ne reconnaissait d'autre autorité que le moi, tout en admettant la réalité des choses extérieures, en tant que le mot les affirmait.
Ficht ne reconnaît que l'existence et la réalité du moi, comme être absolu; mais le moi, se sentant limité, est obligé d'affirmer, de poser le non-moi, il le crée, par la conscience qu'il en a; il crée Dieu et la nature, qui n'ont de réalité que par lui : ainsi le moi est tout , puisque rien n'existe que par lui. Telle est l'étrange doctrine qui fit accuser d'athéisme son auteur. Mais Ficht, en la développant sous une influence mystique, aboutit à im spiritualisme à lui, qui en modifie et en atténue les conséquences; il retrouve Dieu en dehors du wioi, comme idéal d'ordre et de moralité; Dieu devient le moi absolu, avec lequel le moi fini et limité tend à se confondre par une sorte d'alliance mystique. Ainsi c'est la loi morale, la conscience, qui ramène Ficht à Dieu, et le sauve d'une fatale inconséquence. Mais ce Dieu dans lequel se confondent tous les êtres, n'estce pas le panthéisme définitif? En effet , Ficht ne se prononce point sur la personnalité distincte de Dieu en dehors de la création : il laisse cette question capitale dans un vague complet , et il ne reconnaît l'immortalité de l'âme que si, dès cette vie, elle s'unitàDieu parla liberté morale. Ce n'est pas la peine d'échafauder péniblement de savants systèmes pour arriver à ces stériles conclusions. Pourquoi
ne pas s'en tenir à l'enseignement si simple de la doctrine chrétienne , qui satisfait si complètement l'intelligence et le cœur?
Schelling (1775-1855) suivit à léna les leçons de Ficht et se consacra à la philosophie sous l'influence de sa doctrine ; mais ce n'est que fort tard, en 1841, qu'il fut appelé à l'enseigner à Berlin. Reçu docteur en médecine à léna, il avait été professeur à Wurzbourg , puis à Munich ; pendant ce temps, Hegel, son ancien condisciple, avait pris le sceptre de la philosophie en Allemagne : Schelling était devenu secrétaire de l'Académie des beaux-arts à Munich, et semblait avoir abandonné sa carrière de prédilection, lorsqu'il reparut tout à coup avec de nouvelles armes et un éclat nouveau.
Schelling, disciple de Ficht , part comme lui de la doctrine du moi, mais il va plus loin, et proclame l'identité du moi et du non-moi : c'est-à-dire que les idées, et les choses objets des idées , se confondent et ne font qu'un : Dieu, principe des êtres, cause active de tout ce qui existe^ est l'absolu, seul il est; l'homme, l'univers, émanent de lui, ne sont que paç lui , se confondent en lui. Il n'y a pas de création, c'est la pensée qui crée, par cela seul qu'elle connaît. Gomme on le voit, le panthéisme est le dernier terme de ce système , qui détruit complètement la liberté, puisque toute pensée humaine n'est qu'une évolution de la pensée divine , et que tout se réduit à l'identité absolue qui est Dieu.
Hegel (1770-1831) va nous dire en quelque sorte le dernier mot de cette philosophie allemande, et nous la montrer dans ses conséquences extrêmes, qui sont loin d'être consolantes. Né à Stuttgard, Hegel fit à Tubingue ses études de philosophie et de théologie : c'est là qu'il se lia avec