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CHAPITRE DIX-NEUYIÈME

Schelling ; il le retrouva ensuite à léna ; tous deux combattaient alors pour la même doctrine , et Hegel , en soutenaqt Schelling, attaquait à la fois Kant et Ficbt. Hegel devint ensuite directeur du gymnase de Nuremberg, et dans un livre intitulé la Phénoménologie de Fesprit, il commença à se séparer de Schelling. En 1816, il devint professeur de philosophie à Heidelberg, et deux ans après à l'université de Berlin. Sa réputation était alors sans rivale, et il eut une immense influence sur la jeunesse d'Allemagne, que charmaient ses idées hardies et le radicalisme de sa doctrine, flégel n'avait pourtant rien de brillant, ni dans son élocution, ni dans son style. Il est généralement embarrassé, obscur, hérissé de figures bizarres et d'abstractions désespérantes ; mais c'est un vigoureux esprit , à la fois vaste et profond, plein de vues neuves et hardies, pénétrant chaque problème au moyen d'une analyse inflexible. Ses principes sont faux , mais sa logique droite et rigoureuse; il est évidemment de bonne foi, c'est ce qui fait sa force, et en même temps le danger de son argumentation. Selon lui, la métaphysique, la psychologie, l'ontologie, ont fait leur temps ; la théologie n'est plus qu'une affaire de sentiment; la logique seule reste debout, sauf à la transformer, et à en faire la base de toute philosophie. Il reste bien entendu que cette logique sera celle de Hegel, et point autre; car il croit avoir trouvé la vérité absolue, le dernier mot de l'intelligence humaine. Toute cette doctrine est exposée dans les trois principaux ouvrages de Hegel, la Phénoménologie, la Logique et V Encyclopédie des 8cunce$ philosophiques.

Voyons quelle est cette vérité, qu'on a justement appelée le panthéisme logique. Tout part de Vidée, qui est synonyme de Y être, et même du non-être; l'idée n'a de valeur qu'au-

tant qu'elle évolue, qu'elle se développe pour arriver à être vraie. Partie de la négation, sa première enveloppe, elle se dégage, passe par une série d'affirmations, d'après la loi du devenir; elle traverse tous les degrés de la pensée et de l'être , embrassant à la fois Dieu , la nature et rhumanité, dont elle n'est elle-même qu'une parcelle; car l'individu n'a d'existence que par sa participation à Y absolu, à l'être universel; l'individu n'est qu'un simple phénomène, dont le développement consiste à reconnaître son identité avec la substance absolue. Ainsi l'idée sort d'elle-même, par opposition entre l'être et le néant; elle évolue, connaît le monde extérieur, puis revient sur elle-même pour se reconnaître d'après la loi d'identité. Triple situation qui se résume ainsi : l'idée c'est la thèse, son caractère c'est Y antithèse, et l'opération qui fait connaître l'identité du contraire, c'est la synthèse.

Le fond de cette théorie abstruse, c'est le panthéisme et la négation d'un Dieu personnel. L'absolu, de qui dépendent et à qui se rattachent tous les phénomènes individuels, c'est le Grand Tout, le t^ttSIv du panthéisme , mais d'un panthéisme idéaliste, car dans le système de Hegel, le monde n'est qu'un ensemble d'apparences; c'est l'idée seule qui lui donne l'existence. Dieu lui-même n'existe pas en soi, il n'est que l'idée devenue esprit , il natt sans cesse , il devient; il est en nous, c'est nous qui le faisons, par la conscience que nous avons de lui; lui-même ne se connaît pas autrement : le genre humain réalise la pensée divine, et se confond avec elle.

Jamais l'athéisme ne s'était affirmé en philosophie d'une manière plus audacieuse, plus complète : jamais, au nom de la logique, on n'était arrivé à un illogisme plus choquant pour le bon sens et la morale; ce n'était pas la peine de

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