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CHAPITRE DIX-NEUYIÈME

quand la division se n\it dans le camp des hégéliens. L'ouvrage qui contient sa doctrine a pour titre : le Monde comme volonté et comme représentation. Celte doctrine étrange part de ce principe que le < monde est un phénomène cérébral ». Le monde n'existe que par l'idée : il est inhérent à l'intelligence; c'est au fond la doctrine de Kant; mais où Schopenhauser s'en éloigne, c'est quand il fait de la volonté la base de toute connaissance, la chose primordiale d'où nous procédons et d'où tout procède; or la volonté étant égoïste, il faut la combattre, l'anéantir par le renoncement volontaire, ainsi que le prescrit le bouddhisme. Telle est la conclusion de cette singulière philosophie.

Nous verrons bientôt quelle fut en littérature l'influence de l'école hégélienne.

Henri Heine (1799-1856). Si nous parlons tout d'abord de Heine , ce n'est point comme continuateur de l'esprit philosophique, mais comme sceptique et humoriste, comme interprète et contradicteur à la fois du génie allemand aux yeux de la France. Rien n'est moins philosophique que la raillerie et le sarcasme, car si la moquerie peut déprécier et détruire, elle n'édifie rien : témoin Voltaire, qui n'est pas plus philosophe que Henri Heine; et sous plusieurs rapports, ces deux esprits se ressemblent singulièrement.

Né à Dusseldorf, d'une famille juive, Heine était destiné au commerce, mais il prit goût aux lettres, et put faire son cours de droit à Bonn, puis àGœttingen et à Berlin. Après sa thèse de doctorat, il se livra entièrement à la littérature ; ses premiers essais furent des poésies, qui parurent en 1821 , et deux tragédies, Almanzor et RadcUff, qui n'eurent pas de succès. En 1827, la publication de son Livre de Chants lui assura un rang distingué parmi les poëtes de l'école romantique. Goethe y reconnut le cachet d'un richç talent.

mais il trouva qu'il manquait de cœur, et prédit que son scepticisme ferait tort à son influence.

La réputation européenne de Heine commence à la publication de ses ReUebUder ou Tableaux de voyage , qui ont paru de 1826 à 1831. Ce sont des récits charmants, une ingénieuse et spirituelle causerie, des descriptions de touriste , entremêlées d*anecdotes piquantes, et de pointes satiriques. Il ne déclare pas encore une guerre ouverte à son pays^ à ses institutions, à ses grands hommes, mais il y pré* lude avec une certaine hardiesse, qui bientôt ne connaîtra plus de frein. La révolution de 1830 excita son audace; il se jeta à corps perdu dans la fronde des écrivains libéraux contre les souverains de l'Allemagne ; son livre sur la No^ blesse, et divers pamphlets de circonstance , sont Jes fruits de cette polémique à outrance. Heine pouvait se la permettre impunément, car il s'était réfugié en France dès 1831 , et, depuis ce moment, Paris devint sa vraie patrie, le centre de ses observations, l'arsenal des traits acérés qu'il lançait contre ses ennemis d'outre-Rhin. On avait beau défendre en Allemagne la vente de ses écrits, ils n'en avaient que plus de retentissement et de vogue. Le fruit défendu a toujours un puissant attrait; la jeunesse allemande savourait ces pages d'une polémique acerbe , assaisonnées de tant d'esprit et de malice. Tout était, pour Henri Heine, matière ou occasion de satire; aucun pouvoir, aucune renommée n'était à l'abri de ses coups. A propos d'art , de littérature, de politique, il lâche la bride à sa verve railleuse, il se moque de tout, hommes et choses; il s'inquiète peu de s'écarter de son sujet, et même de sortir du bon goût et des convenances, pourvu qu'il amuse le lecteur par les fantaisies d'une raillerie implacable.

Henri Heine avait été l'un des plus ardents propagateurs

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