‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 182 sur 205 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

là, point de prétentions réformatriceç, point de théories sociales, mais des récifs simples et attrayants, encadrés dans ces beaux paysages de la Souabe qm respirent le calme et la sérénité.

Pendant que la Jeune Allemagne s'épuisait ainsi en impuissants efforts, la gauche hégélienne, non moins hardie, mais plus sûre d'elle-même , poursuivait son but de destruction, et poussait la négation jusqu'à ses dernières conséquences. Elle avait pour organe une revue importante, les Annales de Halle, dont Ruge était le principal rédacteur; c'est là aussi que Bauer et Feuerbach exposaient leurs audacieuses doctrines, supprimant nettement toute religion spiritualiste et révélée, et ne reconnaissant que la matière. L'autorité prussienne s'alarma bientôt du danger de ces doctrines radicales : elle supprima les Annales; mais le mal était fait; une foule d'esprits avait pris goût au poison de l'athéisme hégélien; il continua de circuler dans les journaux et dans les livres, sous des formes moins violentes, mais tout aussi dangereuses; la poésie même en fut infectée, et Ton vit une foule de jeunes écrivains célébrer en vers la révolte de la raison et des sens contre tout ce qui était un frein politique, religieux ou moral. Le panthéisme eut sa phalange de poètes enthousiastes, l'athéisme fut chanté en vers. Un jeune écrivain, Frédéric de Sallet (1812-1844), qui d'abord avait vivement critiqué les bizarreries prétentieuses de rhégélianisme , en devint bientôt le partisan convaincu , et lui prêta l'appui de sa muse dans un poëme intitulé Évangile des laïques; il prend pour texte des traits ou des épisodes du livre sacré, et en détourne l'interprétation dans le sens hégélien; il n'y voit que des légendes mystiques, des allégories philosophiques, dont il croit dégager le symbole en enlevant à l'enseignement religieux

toute signification dogmatique. L'Évangile , ainsi dénaturé et parodié, devient un cadre pour la propagande du matérialisme le plus absolu ; le Rédempteur n'a parlé du ciel que pour attester l'identité de l'homme avec Dieu, au sein du Grand-Tout prêché par Hegel ; Dieu est en nous, et nous sommes en Dieu : il n'y a pas d'autre paradis ni d'autre immortalité. C'est le dernier mot de cette désolante doctrine, et de cette triste poésie.

Il y a heureusement en Allemagne, dans la masse des populations, un fond solide de christianisme, un respect séculaire de la religion et du pouvoir qui oppose une barrière à l'envahissement de ce mauvais esprit né dans les hautes écoles universitaires; sans cela ce pays serait bien malade, et marcherait vite à la décomposition. Mais le protestantisme, avec ses dogmes élastiques, gêne fort peu le courant des idées ; il s'en accommode et leur fait place^ tant que la théorie reste dans les nuages et n'arrive pas au fait brutal, au renversement de l'ordre établi. Le danger n'en reste pas moins, le mal existe; mais on en tient peu de compte, on s'en rapporte au bon sens général pour lui servir de contre-poids.

Parmi les poètes réformateurs qui ont mis la poésie au service des idées révolutionnaires, il faut compter Hoffmann de Fallersleben (1798), savant distingué, critique sérieux et professeur à l'université de Breslau. Il se fit con» naître d'abord par ses Chants et romances, ses Chants ailemaniques, qui n'avaient eu pourtant qu'un succès d'estime, lorsque la publication de ses Chants non politiques lui attira les rigueurs du pouvoir : il fut destitué de sa chaire à cause de certaines attaques satiriques qui portèrent ombrage au gouvernement. Son opposition n'avait pourtant rien de bien violent : en ressuscitant Ârminius pour le mettre en face de

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