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CHAPITRE VINGTIÈME

l'Allemagne moderne et le faire juge des progrès accomplis, il ne faisait qu'une plaisanterie au fond assez inoffensive ; Henri Heine en avait fait bien d'autres, et de plus amères. Devenu plus indépendant par la privation de sa chaire, Fallersleben accentua ses satires dans ses Chansons des rues, et le pouvoir n'y gagna que des attaques plus rudes, en même temps qu'il augmentait la popularité du poëte.

Bien plus âpre, bien plus violent fut Herwegh (i817), le poëte de la colère et des combats. Il était pourtant né dans ce beau pays de Souabe qui avait inspiré à Uhiand et à son école des chants paisibles et doux; mais il entonne la trompette guerrière, et ses Poésies d'un vivant sont un appel à la lutte et à la haine. H en veut à la France, l'ennemie séculaire de l'Allemagne; à la Russie, dont la puissance grandissante est une menace ; à Rome , qui représente le catholicisme dont n'a pu triompher Luther : il faut abattre, exterminer tous ces adversaires pour établir sur leurs ruines un règne de paix et de liberté. Mais l'Allemagne a aussi d'autres ennemis à l'intérieur, qui font obstacle au développement de son libre et fier génie : ce sont ces gouvernements despotiques qui compriment l'élan national ; à eux aussi guerre et haine , jusqu'au jour où éclatera l'indépendance.

Ce teutonisme exalté a vu se réaliser une partie de ses rêves, au moins contre la France; Herwegh a pu voir et suivre les cohortes allemandes jusqu'aux portes de Paris, et assouvir avec elles sa soif de vengeance sur nos ruines accumulées; mais qu'est devenue celte ère de liberté rêvée par le poëte, comme conséquence de la lutte appelée par ses vœux? Le succès des armes a pu grandir l'Allemagne, mais il ne parait pas qu'elle en soit devenue plus heureuse et plus prospère.

Herwegh eut de nombreux imitateurs dans cette voie de la poésie violente, du patriotisme échevelé. Le seul qui vaille la peine d'êlre cité est Robert Prutz (1816), qui collabora aux Annales de Halle et fut professeur à l'université de cette ville. Quelques morceaux d'une poésie pure et douce, sentimentale ou fantaisiste, prouvent qu*il eût pu acquérir une place honorable dans le domaine de l'art véritable; la Nuit de Noël, la Mère du Cosaque, la ballade de V Alchimiste sont des pièces charmantes; mais Prutz préféra chercher la renommée dans les écarts violents de la poésie politique ; il n'y trouva que la grossièreté et l'indécence. Ses Couches politiques sont des satires aristophanesques où dominent la trivialité et le mauvais goût. Ses travaux de critique littéraire et d'histoire valent mieux que les inspirations équivoques de sa muse.

Frantz Dingelstedt (1814) a fait de la satire un peu moins triviale, mais non moins passionnée, dans ses Chants d'un veilleur de nuit. Dans ce cadre commode d'une revue nocturne à travers les grandes villes allemandes, le veilleur peut leur dire impunément de rudes vérités, faire la leçon aux puissants, et révéler tous les mystères cachés dans l'ombre. Le premier tableau, celui de Francfort, est le mieux fait, et celui qui intéresse véritablement; le souvenir de Gœthe inspire à l'auteur certains ménagements pour l'antique cité césarienne; mais il n'a que des duretés pour Berlin, Vienne et Munich; cette dernière ville est la plus maltraitée , sans doute parce qu'elle est le centre de la vie catholique dans l'Allemagne du Sud ; les efforts du roi Louis en faveur des beaux-arts méritaient moins de partialité et d'injustice. Dingelstedt est aussi l'auteur de plusieurs ro« mans et nouvelles. Nommé bibliothécaire du roi de Wurtemberg, il cessa ses attaques contre les souverains, mais

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