CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
prunts, et la plupart des essais qui visent à l'originalité ne font que mieux ressortir la puissance créatrice des grands maîtres.
Mais faut-11 reprocher aux auteurs seuls cette infériorité du théâtre moderne? Il nous semble que la faute en est bien aussi au public, à cette masse désœuvrée et accommodante, qui ne demande au théâtre qu'une distraction d'un moment, et s'inquiète peu des exigences de l'art, pourvu qu'on l'intéresse ou qu'on Tamuse. L'écrivain ne fait que se conformer au goût du public ; si ce goût baisse et s'altère, Tart ne craint pas de se dégrader pour se mettre au même niveau : il faut l'audace et la puissance du génie pour tenter de remonter ce courant. La France a le privilège, assez triste à notre sens, d'alimenter l'Europe de ces productions légères, qui défrayent la plupart des théâtres, s'oublient vite, mais sont aussitôt remplacées par d'autres du même genre. L'esprit français conserve ainsi sa suprématie ancienne, mais souvent aux dépens du bon ton et du bon goût : nous faisons toujours rire l'Europe, mais sans lui imposer plus de respect et de sympathie ; notre réputation de nation frivole ne fait que s'accentuer, et nous tenons à ne pas la contredire. L'Allemagne copie ou imite nos auteurs, et dans sa langue, qui se prête si peu au bon mot, à la finesse, au sous-entendu, la grâce, la légèreté, le badinage un peu libre se traduisent en grosses trivialités qui sont loin de nous faire honneur.
Les principaux auteurs dramatiques de l'Allemagne actuelle sont: Frédérich Halm (1806), pseudonyme du baron de Mûnch-Billinghausen, auteur de Griselidis, V Adepte, CamoënSy Y Enfant du désert, Sampiero, Iphigénie à Delphes , le Gladiateur de Ravennej cette dernière pièce a eu un grand succès : inspirée par un sentiment patriotique , elle offre
une peinture énergique des sentiments et des passions.
Devrient (1801), acteur distingué, qui a fait des comédies, des drames, des opéras, et une Histoire de Fart dramatique,
Klein (1810), quiaaussi écrit une Histoire delapoésie dramatique, et les drames Marie de Médicis , de Luynes, Maria, Strafford, etc.
Meyr (1810), auteur de Charles le Téméraire et autres pièces; il est en même temps poète lyrique et romancier, et dans chaque genre il s*est assuré une place des plus honorables.
Greipenkerl (1810), né à Berne, mais naturalisé en Allemagne par un long séjour, a emprunté à notre histoire ses deux sujets de drame, Robespierre et les Girondins.
Benedix (1811), directeur de plusieurs théâtres, les a fournis de ses nombreuses pièces, comiques pour la plupart, qui arrivent presque au chiffre de cent.
Kœster (1810), auteur presque aussi fécond, s'attacha de préférence au drame : on distingue dans son riche répertoire, Marie Sttuirt, Conradin, Alcibiade, Luther, Henri IV, etc.
Hebbel (1813) a écrit des poésies lyriques, des sonnets, des ballades, qui prouvent un vrai talent, et des drames où la subtilité le dispute àToriginalité; c'est un inventeur bizarre, mais vigoureux ; on le critique, mais on l'admire, car il sait entraîner et passionner. Ses œuvres sont nombreuses, compliquées; il a fait de tout, des drames, des comédies, des tragi-comédies. Sa première pièce, Ju^th, jouée à Hambourg, courut bientôt toute l'Allemagne; le héros, Holopherne, représentait l'athéisme hégélien, Judith, le fanatisme religieux et patriotique ; les Allemands aiment ces types symboliques, ces héros visant