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CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

maine; Woitz, une Histoire de la Constitution allemande; Geissebrecht, YHistoire de f Allemagne au temps des Empereurs.

Gervinus (1805), professeur, journaliste, critique, historien, homme politique, est un des écrivains modernes qui a le plus marqué dans le mouvement des idées en Allemagne : tous ses écrits portent l'empreinte d'une érudition profonde et d'un vigoureux sentiment de nationalité. Après deux publications historiques, l'une sur Machiavel et l'autre sur le royaume d'Aragon, M. Gervinus, devenu professeur à Gœttingen, commença son grand ouvrage en cinq volumes, YHistoire de la poésie allemande, qui restera son plus beau titre de gloire. Cet ouvrage, un peu trop systématique, est un trésor de science, un puissant exposé du développement du génie germanique, plein de vues ingénieuses et profondes; l'auteur a tout lu, tout apprécié ; il soutient avec vigueur le poids de son immense érudition : c'est une œuvre complète, où la critique viendra toujours puiser ses aliments. Quant aux vues générales de l'écrivain, on peut y relever des erreurs et des préventions. M. Gervinus soutient que la littérature allemande a seule accompli la mission de l'esprit moderne. Luther et Gœthe, voilà les deux plus grands titres de gloire de l'humanité : on comprend par là que H. Gervinus a beaucoup de dédain pour la littérature française : il n'en a pas moins pour les bienfaits de la civilisation chrétienne, et surtout pour le catholicisme. Il croit que la littérature est l'expression suprême, complète et dernière de l'esprit humain, et que l'imagination doit faire place désormais à la politique. — Chassé de sa chaire de Gœttingen pour son opposition libérale au gouvernement, M. Gervinus fut un des promoteurs, des inspirateurs du Parlement de Franc-

fort en 1848; mais il s'opposa aux menées démagogiques, et n*éprouva que des mécomptes. Il reprit sa plume de savant critique, et publia ses quatre volumes sur Shakspeare, où il revendique le grand dramaturge anglais comme le représentant, le type du génie germanique. Shakspeare n'est plus Anglais, c'est un Allemand annexé, conquis de parle droit de M. Gervinus. Décidément, l'Allemagne ne veut pas s'arrêter dans la voie des conquêtes; l'unité allemande est devenue passion absorbante : elle finira par remonter à l'Inde pour y retrouver des droits sur l'Europe entière.

V Histoire du dix-neuvième siècle complète les véritables travaux de M. Gervinus; elle est écrite avec un art consommé, un grand talent de netteté et de précision. Les théories et les idées de M. Gervinus ont exercé une grande influence sur l'Allemagne contemporaine : le patriotisme y a puisé des arguments et delà force ; il l'a poussée dans cette voie d'action et d'activité entreprenante dont la France n'a que trop senti les effets : l'erreur, le préjugé s'y est mêlé à une grandeur réelle ; mais il y a là un danger que l'avenir se chargera de dévoiler.

Hurter et Gfrôrer, tous deux théologiens protestants, ont été amenés au catholicisme par le résultat de leurs recherches. Le premier est l'auteur d'un grand et beau travail, Y Histoire du pape Innocent III et de son temps; le second a ècnlY Histoire de Grégoire VII et de son temps; ces deux grands papes se trouvent vengés, dans ces ouvrages, des calomnies dont les avait chargés l'école sceptique et antireligieuse.

Raumer a écrit un excellent ouvrage, Y Histoire des Hohenstaufen^ pleine de solides et sérieuses recherches; mais il ne s'est pas toujours soutenu à cette hauteur, et ses autres travaux accusent la précipitation, un excès de fécondité.

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