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CHAPITRE DEUXIÈME

qui fut une source de guerres et de malheurs publics. Après avoir reçu la couronne des mains des papes, les empereurs youlurent s'affranchir du pouvoir spirituel, et même l'absorber à leur profit. La question était haute et grave : il s'agissait de savoir si l'Église subirait le joug féodal, s'abaisserait sous le pouvoir civil, en laissant aux souverains le droit de nommer les évèques et les abbés , ou si elle conserverait son indépendance spirituelle, son unité sous l'anneau de saint Pierre, sa vie propre et son autorité sur les âmes. Grégoire VII le comprit ainsi et résista vigoureusement aux empiétements des empereurs ; ses successeurs continuèrent la lutte , dans laquelle l'Allemagne usa ses forces et son prestige. Ses invasions en Italie furent désastreuses ; les princes allemands en profi-^ tèrent pour se rendre indépendants, et les Guelfes d'Italie,, en haine des Gibelins germaniques , organisèrent diverse» républiques, contre lesquelles échoua le génie même de Frédéric Barberousse.

Contre les violences de la force brutale, fruit de la conquête et de la barbarie , s'était élevée , dans tous les États chrétiens, l'admirable institution de la chevalerie. La France, patrie des nobles et généreux sentiments, en fut en quelque sorte le berceau : chaque pays se l'appropria , en y mêlant un caractère analogue à son génie. L'Allemagne en avait le germe en elle-même, et nous en avons signalé les éléments principaux dans le caractère même et les mœurs des Germains décrits par Tacite. L'attachement de l'homme à l'homme, base de la hiérarchie féodale , le respect de la femme , épuré par le sentiment chrétien , et transformé par le culte de la Vierge Mère; la bravoure poussée jusqu'à Théroîsme, jusqu'au mépris de la vie, en vue de la récompense éternelle : voilà ce qui fit de la che-

Valérie Télément vital du moyen âge, et sa gloire impérissable. Il en est résulté, pour les nations modernes, un sentiment moral inconnu de l'antiquité, le sentiment de rhonneur, dont le fond est essentiellement chrétien , car ce n'est autre chose que la délicatesse de la conscience qui met le devoir au-dessus de l'égoïsme et de l'intérêt personnel.

L'Église avait compris l'importance de l'esprit chevaleresque, et ne négligea rien pour le régler et le purifier. Elle lui donna un caractère religieux et mystique analogue à celui des cloîtres. L'admission à Tordre de la chevalerie était précédée et accompagnée de cérémonies religieuses : la veillée des armes, la confession, la communion, le serment de protéger, de défendre les faibles, les opprimés, telles étaient les conditions de cette initiation qui exaltait les âmes de la jeune noblesse, impatiente de prendre- sa place dans les rangs de la chevalerie. De là sortirent les ordres religieux et militaires qui se consacraient plus particulièrement à la défense de la religion ; ils prirent naissance à la suite des croisades, où l'héroïsme guerrier, enflammé par l'esprit religieux, se montra dans tout son éclat.

L'Allemagne ne fut pas moins sensible que le reste de l'Europe à l'attrait de la chevalerie; l'impulsion, venue de la France , se propagea partout, et partout aussi la littérature en prit la vive et durable empreinte. Gela nuisit peut-être à l'originalité de l'esprit national, caria communauté de sentiments et d'inspiration lui fit revêtir une sorte d'uniformité qui le rend monotone. Le fond de la littérature chevaleresque est le même partout; les mêmes légendes sont reproduites et imitées dans toutes les langues : les grands romans de chevalerie, les chansons

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