‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 22 sur 205 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

de geste, ont Tait le tour de l'Europe; tous les ehftteaux les ont lus et admirés : c'était comme la propriété commune de ces chanteurs errants nommés, selon les lieux, troubadours, trouvères, ménestrels, minnesinger.

Mais il faut remarquer que cette littérature chevaleresque, par cela môme qu'elle était l'œuvre d'une caste, et non point le fruit spontané d'une nation , était condamnée à se répéter, h languir et à disparaître avec la cause qui l'avait fait nattre. Elle suitla destinée brillante, mais rapide et éphémère de la chevalerie ; elle a deux ou trois siècles d'éclat, puis elle s'éclipse avec elle, à mesure que l'esprit populaire se réveille et prend le dessus. Voilà pourquoi il n*est rien sorti de grand, de vraiment original, de ces légendes du moyen âge, sauf, en Allemagne^ le Chant des Nibelungen , de source à la fois Scandinave et germanique , et, en Italie, la Divine Comédie, que Dante sut rendre nationale et universelle , en lui donnant pour base l'élément religieux, qui a fait sa force et sa durée.

C'est le moment d'aborder l'étude de cette épopée nationale, qui caractérise, mieux que tout le reste, le génie teutonique dans la rudesse de ses mœurs et la vigueur de sa conception poétique. L'Homère de cette Iliade n'a pas, sans doute , le génie harmonieux et complet du poëte grec , mais il ne manque pas de grandeur, et son originalité native donne un intérêt tout particulier à cette œuvre, dont l'Allemagne a le droit de s'honorer.

Le poëme des Nibelungen appartient au douzième siècle; il est basé sur une légende Scandinave , modijBée par l'histoire, et mêlée à l'élément chrétien et chevaleresque.

La légende Scandinave se trouve dans YEdda; c'est un mythe curieux, qui pourrait avoir pour épigraphe : L'or est ici-bas la source de tous les maux. Nous y voyons^ en effet.

un trésor gardé par un nain nommé Andawari ; ce trésor €St maudit et doit porter malheur à tous ceux qui le posséderont. Un père et ses deux fils se le disputent; les deux fils tuent le père ; un des frères tue l'autre , et , métamorphosé en dragon, il reste à garder le trésor. Alors apparaît le héros Sigurd, qui tue le dragon, se baigne dans son sang et devient invulnérable , excepté à une place où se colle une feuille de peuplier, entre ses épaules ; Sigurd reste maître du fatal trésor. Il accomplit ensuite diverses aventures : une belle walkyrie, nommée Brunhilde, qu'il a délivrée du sommeil magique, s'éprend de lui; il lui promet mariage; mais, dans un voyage au pays des Nifflungs, ou fils des ténèbres, il perd la mémoire par un breuvage qu'on lui donne , et épouse Gudruna; de là une rivalité terrible entre celle-ci et Brunhilde ; Sigurd en est victime, et meurt assassiné par un des trois frères de Gudruna, qui deviennent maîtres du trésor. Mais Gudruna, ayant perdu la mémoire par l'effet d'un breuvage magique, épouse Atli, frère de Brunhilde, et Atli réclame le trésor au nom de sa femme; les trois frères refusent; ils ont jeté le trésor dans le Rhin : un combat terrible s'engage entre eux et Atli ; ils meurent tous les trois sans avoir révélé leur secret. Gudruna venge ses frères en tuant son époux.

Tel est le mythe de Sigurd, qui contient en germe le poëme des Nibelungen ; il n'est déjà plus à l'état de pureté mythologique; l'histoire s'y est mêlée, et l'action a passé de la Scandinavie aux bords du Rhin. Sigurd , descendant d'Odin, est fils de Siegmund, chef des Francs.

Voyons maintenant ce qu'est devenue cette légende.dans le poëme qui nous occupe.

La scène se passe au cinquième siècle, après l'invasion (ranque. Le héros est toujours Sigurd, sous le nom de

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