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CHAPITRE DEUXIÈME

rend inyisible, il se place devant son ami, brandit la fameuse Balmung, combat comme un lion» et oblige Brunhilde à s'avouer vaincue ; rouge de colère, elle donne sa main à Gunther, tandis que Siegfried obtient celle de Kriemhilde , à qui il donne la couronne et le trésor des Nibelungen.

Autant cette première partie du poëme est gracieuse et attrayante , autant la seconde est sombre et terrible»

Siegfried et Kriemhilde goûtent, depuis dix années^ un bonheur sans mélange ; ils ont un fils qui complète cette félicité , mais une jalousie terrible s'est glissée dans Tàme altière de Brunhilde , et Tidée lui vient de triompher de sa rivale en l'humiliant. Elle invite Siegfried et sa femme à une fête à la cour de Bourgogne, et, en présence de tous, elle dispute à celle-ci la préséance à l'entrée de l'église . Au milieu de cette querelle, mêlée d'injures et de menaces, Kriemhilde s'emporte jusqu'à révéler à sa rivale qu'elle a été vaincue dans le combat par Siegfried , et non par Gunther ; elle en donne pour preuve l'anneau et la ceinture de Brunhilde qu'elle porte depuis ce moment.

A cette révélation terrible, la jalousie de Brunhilde se transforme en haine féroce : Siegfried l'a trompée; il doit mourir. Elle appelle à son aide le farouche Hagen, vassal complaisant, qui n'est que trop porté à épouser sa vengeance. Hagen, par une ruse infernale, va effrayer Kriemhilde des dangers que court son époux, et celle-ci se laisse facilement duper par ce faux semblant d'intérêt. Une expédition se prépare contre les Saxons ; Siegfried doit y prendre part; Kriemhilde, trompée par la ruse de Hagen , lui révèle que son époux n'est pas entièrement invulnérable , que la feuille de tilleul a laissé une place où le sang du dragon n'a pas opéré son charme ; elle conjure

Hagen de veiller sur lui, et ajoute qu'elle marquera d'une croix, sur le vêlement de Siegfried, la place fatale par où la mort peut pénétrer.

Le traître Hagen n'a garde d'oublier la recommandation; à quelques jours de là, dans une partie de chasse, au moment où Siegfried se penche sur une fontaine pour se désaltérer, il le frappe à l'endroit marqué ; le héros tombe expirant, et, le lendemain, à l'heure des matines, Kriemhilde trouve le cadavre de son époux jeté devant sa porte. Elle veut connaître le meurtrier, et demande l'épreuve, qui ne peut lui être refusée. Tous les hommes d'armes passent devant le corps de Siegfried; à l'approche de Hagen, les blessures se rouvrent, laissent couler le sang, et dénoncent ainsi lecpupable. Kriemhilde, ne pouvaut en tirer vengeance, se renferme dans son désespoir, et attend un moment propice.

On est un peu étonné que la malheureuse reine , au lieu de retourner dans ses États , auprès du vieux Siegmund , reste au milieu de ses ennemis , à la cour de Gunther, qui n'est pour rien, il est vrai, dans le meurtre, mais qui n'en a pas fait justice. Rien n'explique cette invraisemblance, sinon l'inexpérience du poëtc, qui a groupé, sans trop d'art, les vieilles traditions.

Mais bientôt l'action se renoue avec un intérêt nouveau, et l'on voit apparaître le roi de Hongrie, Etzel ou Attila. Il a entendu parler de la beauté et des malheurs de Kriemhilde, et lui fait offrir sa main : celle-ci refuse d'abord, mais quand l'envoyé lui fait comprendre qu'Etzel veut

être son vengeur, elle n'hésite plus, elle part, et devient sa femme.

La vengeance vient, tardive, mais terrible. Treize années se sont écoulées ; il fallait endormir toute défiance. Elle

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