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CHAPITRE DEUXIÈME

obtient d'Etzel qu'il invite Gunther et sa cour à de grandes fêtes qui vont se donner. Le défiant Hagen s'efforce en vain d'amener son roi à refuser cet honneur ; il n*y peut parvenir. Gunther prend pourtant la précaution de cacher dans les eaux du Rhin le trésor des Nibelungen, et impose à ses compagnons le serment de ne jamais révéler le lieu où il est englouti, puis il arrive à la cour de Hongrie avec mille guerriers et neuf mille varlets.

L'accueil qui leur est fait est splendide, mais laisso entrevoir une catastrophe. Hagen , qui en aie pressentiment, engage ses compagnons à ne pas quitter leurs armes, même au milieu des fêtes. La reine, son ancienne ennemie, lui réclame le trésor de son époux ; elle n'obtient qu'un refus insultant. Les deux partis, Huns et Bourguignons, s'observent avec une défiance haineuse. Tout à coup, au milieu d'un banquet, un Bourguignon se précipite et annonce que les neuf mille varlets ont été massacrés parles Huns. Hagen, à ces mots, tue de son épée le jeune Ortiieb, fils de Kriemhilde et d'Etzel. Alors commence une scène de carnage qui fait frémir : les deux partis sont aux mains ; pendant toute la nuit, le sang coule, les Nibelungen se défendent avec la rage du désespoir; ils tuent sept mille de leurs ennemis; assiégés dans le palais, ils semblent invincibles; mais leurs forces s'épuisent ; ils demandent la paix : Kriemhilde exige , comme condition, qu'on lui livre Hagen ; sur leur refus, elle fait incendier le palais; ils boivent du sang pour se rafraîchir. Le combat, interrompu par la nuit, recommence le matin, avec des péripéties terribles ; enfin le nombre l'emporte ; les Nibelung sont accablés et succombent tous, sauf Hagen et Gunther, qui sont conduits enchaînés devant la reine. Kriemhilde demande à Hagen de lui livrer le trésor ;

celui-oi répond qu'il ne peut révéler son secret tant que vivra Gunther.Rrimehilde fait aussitôt tuer son frère; à la vue de sa tète qui lui est présentée , Hagen dit à la reine : a Maintenant que le noble prince est mort, nul ne sait, < hors Dieu et moi, ouest le trésor; femme d'enfer, tune « le sauras jamais. » Rriemhilde, furieuse, saisit sur Hagen l'épée Baimung, qu'il avait autrefois enlevée à Siegfried, et, de ses deux mains, la soulevant, fait tomber la tète d'Hagen. Les guerriers ne peuvent voir sans indignation ce dernier meurtre accompli par la main d'une femme, et l'un d'eux perce Kriemhilde de son fer ; Etzel a laissé accomplir toutes ces vengeances, comme si c'eût été ordonné par une loi fatale , et le poëme finit par cette courte réflexion : « La fête du roi se termina d'une ma- « nière sanglante, car souvent l'amour à la fin produit le « malheur. »

Telle est, en abrégé, la principale épopée germanique^ longtemps oubliée au delà du Rhin , puis remise en honneur de nos jours, et maintenant commentée, admirée, comme une de ces œuvres dont s'enorgueillit une nation. C'est la peinture, aussi vraie qu'énergique, des époques barbares, où l'élément chrétien n'a pu adoucir encore la férocité des mœurs. A côté de sentiments tendres et héroïques, on y trouve des tableaux sombres, terribles, d'où s'exhale comme une vapeur de sang. Le dénoûment surtout inspire une véritable horreur.

L'auteur du poëme des Nibelung n'est pas bien connu : certains critiques ont voulu y voir une épopée collective, une réunion de vieux chants teutoniques, arrangés par une main habile. Pourtant l'unité de style et d'ensemble prouve suffisamment une conception unique et un seul auteur; il s'est servi évidemment des vieux chants popu-

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