CHAPITRE DEUXIÈME
laires, mais Tœuyre doit être sienne, et un simple arrangeur aurait laissé plus de disparates dans la marche, les caractères et la disposition du poëme. La forme de la strophe et d'autres indices en font attribuer la composition an poète de Kûrenberg; il est connu seulement par le nom de son fief, situé au bord du Danube, et par quelques vers lyriques, dont le style, la pensée, la forme, correspondent parfaitement à l'épopée des Nibelungen. Le poème serait donc du douzième siècle, et non pas du treizième, conune l'ont cru quelques écrivains.
Le poëme des Nibelungen n'est pas la seule épopée héroïque de cette première période ; il en est plusieurs autres qui se rattachent à la même source , et qui offrent encore un véritable intérêt comme peinture de mœurs : telle est surtout l'histoire si touchante de Gudruna^^ dont la scène se passe dans l'Allemagne du Nord , chez les Danois et les Frisons. M. Gervinus voit dans le poëme de Gudruna a le « pendant des Nibelungen, l'Odyssée germanique à côté de « l'Iliade germanique j» ; il le place même au-dessus des Nibelungen , sous le rapport de la perfection de l'art. Il y a moins de grandeur épique , mais des situations plus vives, des caractères mieux dessinés, une plus grande richesse de pensée et d'images. On y voit le tableau animé de ces courses aventureuses, de ces expéditions héroïques où s'exerçait l'activité des hommes du Nord. Le début est une légende mythologique des premiers âges, dont le héros est Hagen, fils d'un roi d'Irlande; l'action se déroule ensuite dans des proportions héroïques et chevaleresques.
* Le manuscrit de ce poëme est du quinzième siècle ; U fut transcrit diaprés un texte du treizième siècle , par ordre de Pempereur Maxiroilien I«>^, et déposé, avec d'autres pièces rares, dans un de ses châteaux du Tyrol. n fut publié en 1828 par Yon der Hagen.
L'intérêt se porte tout entier sur la belle et malheureuse Gudruna, fiancée au prince Herwig de Séelande; elle est enlevée par Hartmuth, roi de Normandie, qui veut la contraindre à l'épouser ; mais elle repousse ses offres , et pendant treize ans elle subit les humiliations d'un dur esclavage» jusqu'au moment où Herwig, dans une descente en Normandie, parvient à vaincre ses ennemis et à reprendre ses droits sur la fidèle Gudruna.
Nous mentionnerons encore, parmi les poèmes du cycle germanique, le Roi Rother, Otnit, le Livre des héros, le Jardin des roses, la Mort (FAlpharty la Bataille de RaDenne, la Course iTEcke. Dans plusieurs de ces poèmes figure le fameux Dietrick (Théodoric) de Bem, si célèbre par ses héroïques aventures * .
La critique moderne partage généralement en trois cycles les poëmes du moyen âge , selon la matière traitée par eux : le cycle antique représente les poëmes relatifs aux souvenirs de l'antiquité, tels que la guerre de Troie et Alexandre le Grand ; le cycle carlovingien se rapporte à la légende de Gharlemagne et de ses preux; le cycle de la Table ronde contient les poëmes chevaleresques dont le centre est le roi Arthur de Bretagne et les chefs bretons.
Ces trois cycles, étrangers à l'Allemagne, n'y sont aj'rivés que comme importation étrangère, par traduction ou imitation; ils n'ont donc ici qu'une importance secondaire , et nous leur ferons plus loin la part qui leur convient. Il faut d'abord étudier les productions originales du pays, ce. qu'on pourrait appeler le cycle germanique. C'est surtout dans la poésie lyrique que l'inspiration nationale
■ n faut signaler les remarquables travaux de M. Karl Simrock sur tout ce cycle poétique, qu'il a remis en lumière par des traductions et une ingénieuse critique.