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CHAPITRE DEUXIÈME

se fait jour, parce qu'elle exprime, mieux que la narration, les sentiments intimes de l'ftme.

Le poète lyrique en Allemagne est le minneHnger^ le chantre (tamour, analogue au troubadour et au trouvère de France. Il se renferme, il est vrai, dans la yie chevaleresque» et n'a qu'un rapport indirect avec la vie populaire, la vraie vie nationale; mais celle-ci était comme absorbée et étouffée par l'autre, et la poésie ne courait qu'à la surface de la société sans pouvoir en atteindre le fond. La religion seule servait d'intermédiaire entre la chevalerie et le peuple, en élevant le sentiment des uns, et en forçant les autres à tenir compte de cette classe humiliée et souffrante, dont les ftmes avaient devant Dieu la même valeur que celle de ses maîtres. Si la poésie fut un des éléments de la civilisation , la religion en fut la base et l'agent principal; elle seule sut élever Thomme à sa vraie dignité, par la grande pensée de la Rédemption commune à tous.

Le minnesinger fréquente les cours où ses chants peuvent être seulement compris et admirés, car il cherche les applaudissements , et aussi les récompenses que lui donnent parfois ses nobles auditeurs. Ce n'est point un lettré ; quelquefois même il ne sait pas lire, comme Wolfram d'Eschenbach et Ulrich de Lichtenstein; il compose, ou il a recueilli dans sa mémoire, des chants d'amour dont le sujet banal et toujours répété est la galanterie, la gloire, la beauté, les charmes du printemps ; là-dessus s'exécutent des variantes à l'infini ; il les accompagne sur le rebec ou la viole, et cherche à enlever les suffrages d'une brillante assemblée. Souvent il est chevalier lui-même, et sa vie poétique alterne avec le noble métier des armes : il est toujours prêt à imiter les héros qu'il chante. Si ces poëtes

n'ont point composé de grandes œuvres, ils ont au moins contribué à assouplir, à polir la langue, et à lui donner des formes nouvelles. Ce qui domine, c'est la strophe lyrique, avec des combinaisons diverses, dont le travail fut une heureuse gymnastique au profit de l'idiome national.

Sans admettre, comme l'a prétendu Raynouard, que les troubadours provençaux aient été les créateurs , les initiateurs de toute la poésie chevaleresque de l'Europe, on ne peut nier que leur influence ne se soit fait partout sentir, et que l'Allemagne elle-même ne l'ait subie à un certain degré. Les Allemands, dans leurs guerres en Italie, durent y rencontrer souvent la littérature provençale, qui inspirait alors la langue italienne, et le royaume d'Arles, vassal de l'Empire, était un centre littéraire, un point de contact entre les gracieux poètes de la Provence et les chantres d'amour d'outre-Rhin. Mais il ne faut pas exagérer cette influence : elle fut plutôt dans la forme que dans le fond ; le génie des deux peuples était trop différent pour qu'ils n'eussent pas chacun leur source propre d'inspiration. La poésie des [troubadours est tout extérieure, brillante de formes, légère, gracieuse, sensuelle; celle de l'Allemagne a plus de gravité, de force intime et de moralité sévère. Le caractère des deux peuples se reflète dans ses chants, et l'on sait combien ils dirtèrent l'un de Tautre.

Les plus anciens minnesinger ont quelque chose de naïf et dé gracieux comme l'enfance; ils chantent dans une langue encore pauvre, et leur rime se réduit souvent à une simple assonance; ils expriment sobrement ce qu'ils pensent, mais leur rude simplicité ne manque pas de charme.

L'un des premiers par le talent est ce sire de KOren-

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