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CHAPITRE DEUXIÈME

berg, à qui Von attribue avec assez de vraisemblaDce le fameux poëme des Nibelungen ; il n'est connu que par le nom de son fief, situé aux bords du Danube, et le peu de strophes lyriques qui nous restent de lui concordent pour la forme avec celles de la célèbre épopée. Henri de Weldecke compte aussi parmi les meilleurs minnesinger de cette première période : il en fut comme le modèle et le chef d'école, et il eut de nombreux imitateurs. Cette veine poétique de l'Allemagne est plus riche qu'on ne pense : nous en avons la preuve dans un recueil précieux composé vers l'an 1300 par un loyal chevalier de Zurich, Roger Manesse, poëte lui-même. Il prit soin de récolter dans toute l'Allemagne les chants des minnesinger, et en fit un manuscrit précieux, unique, qui fut longtemps conservé dans sa famille, et qui est venu enrichir la Bibliothèque de Paris pendant la guerre de Trente ans. On y trouve les œuvres lyriques de cent trente poètes du treizième siècle, avec des dessins coloriés, représentant le portrait, l'armure, et l'action la plus saillante des chevaliers, princes ou rois qui y figurent. D'autres découvertes, ont été faites depuis, et portent à trois cents le nombre des minnesinger connus jusqu'au milieu du quatorzième siècle.

C'est vers la fin du douzième siècle que les chants de ces poètes prennent tout leur éclat, et de la cour des empereurs, le centre poétique va s'établir chez les landgraves de Wartbourg, dont le château domine la petite ville d'Eisenach et un paysage des plus romantiques. Le landgrave Henri I« y tenait une cour brillante, rendezvous de la chevalerie et des chantres d'amour. Une impulsion nouvelle est donnée à la poésie; elle devient plus riche, plus éclatante ; le sentiment s'exalte; l'imagination

grandit; de nouvelles formes poétiques sont créées; un noble enthousiasme s'empare des poëtes : c'est comme une floraison printanière, où nous distinguons surtout le nom de Walther von der Vogelweide.

C'était un chevalier de la cour de Frédéric d'Autriche , prince qui mourut à son retour de la croisade ; il chanta «a mort, et alla chercher ailleurs des protecteurs, car il était pauvre, et ce ne fut pas sans peine qu'il obtint enfin un fief, ambition de toute sa vie. Une longue lutte contre 3a misère l'avait fait réfléchir sur l'inégalité des conditions liumaines, que vient ensuite réparer la loi conunune de la mort. « 0 mon Dieu, dit-il, il y a tel homme qui te « nomme son père, et qui rougirait de m'a voir pour « frère. Et pourtant, après la mort, qui distinguera, par « leurs ossements, le maître du valet? » Cette même pensée se retrouve dans les poésies de Villon, avec plus d'énergie encore :

Quand je considère ces testes Entassées en ces charniers...

Et icelles qui s*inclinoient Unes contre autres en leurs vies, Desquelles les unes régnoient; Des autres craintes et servies ; Là, les voy toutes assouvies, Ensemble^ en ung tas, pesle-mesle, Seigneuries leur sont ravies ; Clerc ne maistre ne s*y appelle ^.

Il faut voir quelle joie éprouve le pauvre Walther quand 11 a obtenu l'objet de ses vœux, ce fief dont il se sentait digne, mais qui lui arriva bien tard.

<K J'ai mon fief! Je ne crains plus maintenant les neiges

« Villon , Grand Testament,

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