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CHAPITRE TROISIÈME

Les poèmes relatifs à Gharlemagne devaient naturellement attirer l'attention de rAIlemagne, au moment où TEmpire reprenait ses traditions» et s'appuyait sur le souvenir de ses expéditions en Italie. La Chanson de Roland, si célèbre en France, passa en Allemagne, et fut traduite, arrangée par un poète nommé Conrad ; il l'a considérablement augmentée, au détriment de l'intérêt, car son récit a neuf mille vers. Ne pouvant lui donner, comm^ ea France, un cachet national, il lui donne un caractère religieux : l'expédition d'Espagne est une guerre sainte, unecroisade où les preux gagneront le paradis.

Une autre version de la Chanson de Roland, postérieure à la première , fut faite par un poëte inconnu , qui porte le nom de Stricker (l'arrangeur) ; elle est encore plus développée que la précédente, et, quoique plus élégante de style, elle n'a qu'un médiocre mérite.

Le roman de Guillaume au Court-Nez a été traité en allemand par un vrai poëte , Wolfram d'Ëschenbach , sous le titre de Wilkhalm. Il s'agit de Guillaume d'Aquitaine,, compagnon de Charlemagne, qui, après une vie d'aventures et d'exploits guerriers, alla mourir dans un cloître. Son surnom de Court-Nez provenait d'une blessure qu'il avait reçue en combattant les Sarrasins, près d'Arles,, dans la plaine à*Alischanz, nom qui représente évidemment le cimetière à'Aliscamps (Elysii campi), célèbre encoreaujourd'hui par les sépultures romaines qu'on y trouve. Ce roman , resté inachevé , fut continué par deux auteurs qui n'ont pas le talent du premier.

Le cycle de la Table ronde est plus fécond et plus varié^ que celui de Charlemagne. Il est inutile d'en raconter ici l'origine et les détails; ils appartiennent spécialement aux. littératures de France et d'Angleterre. La source en est

celtique et bretonne. Le roi Arthur, ou Ârtus, en est le héros principal ; c'est lui qui a fondé la chevalerie de la Table ronde, où douze chevaliers, les plus braves, sont admis à s'asseoir sur un pied de parfaite égalité. Cet ordre fameux, dont la légende a pénétré partout, est l'idéal de la chevalerie. Les guerriers accomplissent des prouesses surhumaines; la religion les soutient; elle grandit leur caractère et épure leurs sentiments ; les dames sont d'une vertu éprouvée , d'une beauté que rien n'égale, et, pour leur plaire, on entreprend l'impossible. Mais la magie prend une place importante dans cette légende ; il y a des nains, des sorciers, des forêts enchantées, des merveilles sans nombre. Quand l'imagination sort du naturel , il n'y a plus de limite à ses inventions. Plusieurs des poëmes de ce cycle ont un caractère mystique, produit par l'exaltation du caractère religieux, uni à l'élan chevaleresque; mais il en est d'autres où la passion dégénère en sensualisme quelque peu scandaleux.

Les romans de ce cycle eurent un grand succès en Allemagne, à la faveur de ces cours brillantes, rendez-vous de la chevalerie et des chanteurs ou conteurs d'amour. Il suffira de citer les principaux poëmes qui y furent en vogue. La plupart semblent tirés des œuvres du plus fécond de nos trouvères, Chreistien de Troyes. Le roman d!Erec et Enide, le Chevalier au Lion, sont dus à la plume de Hartman d' Aue , un des meilleurs poëtes de la fin du douzième siècle. Lancelot du Lac fut traduit par Ulrich de Zazikhoven. Le WigaloU, par Wirnt de Gravenberg, sort un peu de la ligne commune, en ce que l'auteur a introduit, parmi les héros bretons, un chevalier allemand de son invention ; ce fait seul lui valut une vraie popularité. Gottfried, de Strasbourg, s'empara du sujet de Tristan et Iseult,

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