CHAPITRE TROISIÈME
mais sans le terminer; il y fit preuve d*une originalité peu commune, et d'un degré d'observation qui semble présager l'ère moderne; il remplace le fantastique habituel du genre par l'analyse, les détails vrais, la peinture des mœurs et des passions. Son défaut, c'est trop de longueur et de subtilité. Si ce poëte eût appliqué à un sujet national ses aptitudes de réflexion, il eût pu produire une œuvre durable et de haute valeur.
Il y a, dans la légende bretonne, un côté religieux et mystique qui convenait aux aspirations exaltées de la chevalerie; plusieurs romans français sont l'expression de cette tendance : le SainhGraal et Perceval le Gallois, par Chrestien de Troyes, sont de ce nombre. Wolfram d'Eschenbach, un des plus nobles poëtes de l'Allemagne au treizième siècle, s'est emparé de cette donnée, et l'a transformée de manière à lui donner un caractère vraiment national.
Quoique appartenant à une grande famille. Wolfram était un chevalier sans fortune ; il portait fièrement sa pauvreté , et savait la faire respecter par sa bravoure. 11 vécut longtemps à la cour d'Eisenach , auprès du landgrave Herman , qui le tenait en haute estime. Ce qu'il y a de singulier, c'est que cet auteur de longs romans de chevalerie ne savait pas lire. Nous avons déjà cité son Wil^ khalm; il faut maintenant parler de son Parcival, un des meilleurs poëmes du treizième siècle. Ce sujet avait été traité par Chrestien de Troyes , et il est vraisemblable que Wolfram connaissait le Perceval le Gallois de ce poète; néanmoins , il déclare tenir cette légende d'un poêle provençal, nommé Kiot, dont nous ne retrouvons pas la trace dans la poésie des troubadours. Les aventures de Perceval, le héros du poëmé, se rapportent à ce vase mer-
veilleux, symbolique, le Saint-Graal, qui avait servi, dit la légende, à la dernière cène du Sauveur, et où Joseph d*Arimathie avait recueilli le sang du Christ pendant sa Passion. Transporté en Bretagne, il avait sem à la conversion des Bretons. Un chevalier, nommé Pérille, qui l'avait reçu de la main des anges, bâtit en son honneur le château de Montsalvat, avec un temple desservi par des chevaliers templistes, qui doivent conserver une pureté parfaite.
Le Graal a des propriétés miraculeuses : pour le voir, il faut être sans péché ; sa vue préserve de toute blessure et empêche de mourir dans la semaine ; au contraire, le pé* cheur qui le regarde recevra une blessure la semaine même. Il nourrit de mets délicieux les templistes choisis pour sa garde. Pour devenir roi des templistes, il faut avoir passé par des épreuves extraordinaires, qui prouvent une vertu plus qu'hu maine. Perceval arrive à ce grade suprême, mais à travers de nombreuses aventures et des obstacles sans nombre, qui sont le sujet du poëme. L*atné de ses fils, Lohengrin, doit lui succéder dans cet honneur; mais, comme la corruption se glisse parmi les chevaliers d'Occident, Perceval se rend en Orient avec ses chevaliers pour y transporter le Saint-Graal, qui désormais sera caché aux yeux des hommes jusqu'à la fin des temps.
Une grande pensée mystique domine dans ce poëme, œuvre d'une imagination rêveuse et émue, c'est la recherche du vrai , de l'absolu. Faust le cherchait dans la science , sans pouvoir l'atteindre ; Wolfram le découvre dans la Foi, et s'y rattache, parce que, hors d'elle, il n'y a plus ni vérité ni bonheur. Mais cette solution du symbole reste confuse et ne se dégage pas suffisamment.
Une autre chose manque à Wolfram, c'est le style; sa