‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 34 sur 205 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

langue est rude, informe^ et a empêché son œuvre d'avoir l'influence et la durée que pouvait lui promettre la haute conception de son œuvre poétique.

Le' Chevalier au cygne, dont l'auteur est inconnu, se rattache aussi au Saint-Graal : c'est l'histoire de Lohengrin, fils de Perceval, altérée par des traditions mythologiques. Le cyck antique comprend lesromans de chevalerie composés avec les souvenirs de l'antiquité classique, mais adaptés, avec l'esprit naïf et l'ignorance du temps, aux mœurs chevaleresques du moyen âge. Les uns dérivent d'Homère, les autres de Virgile. En France, Benoit de Sainte-Maure avait chanté Énée et la Guerre de Trtne; Alexandre de Bemay avait écrit le roman à' Alexandre le Grand. Les souvenirs du héros macédonien étaient tirés de l'histoire fabuleuse du faux Gallisthène, dont les récits apocryphes offraient un aliment tout préparé aux conteurs peu difficiles du moyen âge.

L'Allemagne suivit les Français dans cette voie, comme pour les autres légendes. Henri de Weldecke s'empara de YÉnéae de Benoit de Sainte^Maure, 0t raconta les amours du prince troyen avec la belle Lavinie : Énée, aprè^s avoir tué son rival, Turnus, célèbre ses noces au milieu des fêtes ^t tles tournois. Quant à la Guerre de Troie, elle (ut imitée par Herbart de Fritzlar et traitée égaleji^nt par Conrad de Wurtzbourg, dans un style assez pur, niais avec

'iies longueurs interininables; son œuvre n'a pas moins

• de cinquante niille vers.

Lé sujisf d! Alexandre a été traité par plusieurs auteurs,

' dont lé principal est un prêtre nommé Lambert ou Lam* precht, au douzième siècle. Ce roman n'est pas sans mérite; le style a du nerf et de la noblesse, quoiqu'il manque d'aisance et de grâce. Dans ses conquêtes en Asie, Alexan-

dre se conduit comme un vrai chevalier; il rencontre, bien enlendu, des géants et des monstres; il marche jusqu'aux extrémités du monde, là où la terre finit par un abîme sans fond et où se recourbe la voûte du ciel. Il entreprend même de conquérir le paradis terrestre , mais il est arrêté par un mur infranchissable, et, devenu sage, il s'humilie dans une conversion sincère.

La poésie chevaleresque suit la destinée de la chevalerie ; née avec elle et sous l'influence de son esprit, de ses mœurs, elle en est l'écho, le portrait fidèle; elle représente un état politique et social, des mœurs, des aspirations qui avaient leur raison d'être dans l'organisation féodale; mais quand cet état de choses tend à disparaître pour faire place à des idées nouvelles, à une autre société plus bourgeoise et plus populaire , cette littérature pâlit et s'efface peu à peu : elle ne survit guère au treizième siècle, et les pauvres imitations qui suivent attestent sa décadence irrémédiable.

Les légendes chevaleresques étaient la propriété de la classe noble : elles fleurissent dans les cours, et ne s'occupent guère que des grands, des maîtres du monde, de ces dominateurs armés, bardés de fer, montés sur de fiers coursiers , allant en guerre , brillant dans les tournois et s'occupant dé combats et d'amour.

Au-dessous d'eux passe inaperçu le peuple, le serf, attaché à la glèbe, travailleur, arrosant le sol de ses sueurs, victime des guerres et des discordes des grands. Cette classe nombreuse qui gémit et ahane, qui est foulée et humiliée, qui souffre et se résigne, avait pourtant un appui et une consolation : la religion lui venait en aide, soulageant sa misère, relevant son courage, lui donnant aide et pro-

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