CHAPITRE TROISIÈME
é(âit eacore tout- puissant sur les âmes, et Ton n'admettait pas facilement les conséquences extrêmes de Terreur. On s'agKâit, on étudiait , on cherchait, soit dans la philosophie, soit dans la nature, le dernier mot des choses, dernier mot qui ne sera jamais connu. Mundum tradidit disputathmeorum,,.
Telle fut la destinée du plus grand savant de l'Allemagne du treizième siècle. Albert de BoUstoedt, plus connu sous le nom d'Albert le Grand , naquit à Lavingen , en Souabe, en 1193. Après avoir étudié dans les universités d'Italie, il entra dans l'ordre de Saint-Dominique. Il devint bientôt célèbre par son enseignement, et se fixa à Cologne. Parmi les nombreux disciples qui entouraient sa chaire, figura, en 1244, un jeune Napolitain qui devait élre plus tard une des grandes lumières de l'ïlglise, et s'appeler saint Thomas d*Aquin. Le maître et l'élève s'attachèrent l'un à l'autre, et ils partirent ensemble pour Paris, dont l'Université n'avait pas d'égale pour l'illustration des professeurs, et le nombre, la qualité des élèves. Albert y continua son enseignement, et la place Maubert (Maître Albert) indique encore par son nom le lieu où il réunissait ses auditeurs.
Rappelé bientôt en Allemagne, il fut attiré en Italie par le pape Alexandre IV, nommé maître du sacré palais, puis évoque de Ratisbonne ; mais l'étude et l'enseignement étaient la passion de sa vie ; après avoir prêché la dernière croisade, et assisté au concile de Lyon, il renonça à tous les honneurs pour se retirer à Cologne, son séjour de prédilection : c'est là qu'il mourut en 1289.
Le savoir immense d'Albert le Grand, et surtout son goût pour les sciences naturelles, pour les expériences, a attaché à son nom une réputation populaire de magicien, qui n'a aucune espèce de fondement. Imitateur d'Aristote et
prédécesseur de Bacon, il estimait que l'expérience doit être la base de la science , avec le flambeau de la philosophie pour guide. Il voulait réhabiliter l'étude de la nature , trop négligée au moyen âge, mais en la rapportant à Dieu. Pour cela, il prenait l'homme comme intermédiaire, comme le lien entre Dieu et la nature, parce qu'il touche à l'un par l'âme, et à l'autre par le corps. Telles sont les vues philosophiques, aussi conformes au bon sens qu'à l'orthodoxie, qu'Albert le Grand a exposées dans ses divers ouvrages, la Métaphysique, Y Éthique, le Traité de l'âme. Mais ce n'est là qu'une faible partie de ses œuvres: ce grand esprit a sondé toutes les sources de connaissances. Gomme Aristote , il a fait un traité des Animaux , un traité des Minéraux, des Plantes; il a écrit une Somme de Théologie, des Sermons, des Commentaires sur l'Écriturei sainte, etc. Ce savoir encyclopédique contient sans doute des lacunes et des erreurs, surtout dans les sciences naturelles, si confuses à cette époque; mais ce génie investigateur n'en a pas moins devancé ses contemporains, et il a entrevu certaines vérités confirmées depuis par la science.