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CHAPITRE IV

Quatorzième et quinzième siècles. — Tendances bourgeoises de la poésie^ — Aperçu historique. — Grand interrègne. — Anarchie féodale. — Rodolphe de Habsbourg. — Divisions. — Décadence poétique. — Maximilien. — Les Meistersanger. — Mécanisme de lear poésie. — Hans Sachs. — Le théâtre du moyen âge. — Les Mystères. — Les moralistes. — Fables et satires. — Le roman du Renard. — Gaieté allemande. — Le curé Amis. — Tili Eulenspiegel. — Sébastien Brandt : le Vaisseau des fous. — Thomas Marner. — Fischart. — La danse macabre.

Nous venons de parcourir l'âge héroïque de la chevalerie, et la littérature faite à son image. Les croisades nous ont offert l'épanouissement le plus complet de la société féodale : la foi chrétienne, unie au sentiment chevaleresque, a accompli des merveilles ; ce grand mouvement des peuples a servi en même temps à développer les idées en multipliant entre eux les relations; les langues ont progressé,, le commerce a gcandi; le pouvoir féodal s'est affaibli au profit des souverains, et à l'avanlage des peuples. Une classe nouvelle s'élève dans les villes : la bourgeoisie, née du travail et du négoce, cçmraence à sentir sa force et son indépendance; c'est parmi elle que se réfugie tout ce qui peut s'émanciper et échapper au servage par le travail libre et l'aisance. De là de nouveaux besoins, de nouveaux sen-^ timents, de nouvelles tendances. La décadence de la féodalité va s'accusant de plus en plus, et Tesprit moderne apparaît avec sa libre allure; la poésie bourgeoise, populaire, se fait jour dans les corporations de métiers : c'est l'avènement des maîtres chanteurs ou Meistersanger^ qui

prennent la place des minnesinger. Cette révolution littéraire s'accomplit à la fin du treizième siècle.

Ce n'est pas que la poésie y ait gagné en inspiration ni en grandeur ; au contraire , elle se traîne un peu dans la vulgarité, et rebat trop souvent des idées communes. En se faisant peuple, elle se met à son niveau, et se platt aux détails de la vie commune. De plus, la langue, qui tendait à l'unité, se brise en une foule de dialectes; comme c'est le peuple qui chante, les poëtes composent dans la langue qu'il comprend et qu'il aime; chacun d'eux écrit pour sa province, sa ville natale ou sa corporation; de là une division et une altération qui paralysent le progrès de la langue. L'idiome de Souabe, qui devait sa suprématie à la cour des Hohenstaufen, et qui avait été jusque-là la langue poétique, perd ainsi son influence et sa mission unitaire. Cet état de division doit durer jusqu'au moment où Luther, en traduisant la Bible, redonnera à l'Allemagne l'unité de sa langue un moment perdue.

Depuis que Frédéric II, l'ennemi acharné de l'Église, était mort en 1250, au fond de la Capitanale, entouré de sa garde de Sarrasins, la maison de Souabe voyait finir tristement ses destinées. Son fils Conrad IV, continuant la lutte en Italie, alla mourir àNaples; enfin Conradin, le dernier de la race, périt sous la hache de Charles d'Anjou, dans cette même ville qui avait vu mourir son père. L'Italie était désormais délivrée des invasions allemandes; la papauté triomphait, mais TAUemagne tombait dans l'anarchie; l'œuvre d'Othon le Grand était détruite, et le grand interrègne commençait.

Pendant cette éclipse du pouvoir impérial, toutes les ambitions féodales se déchaînèrent; chacun voulut être indépendant et maître chez lui; les États des Hohenstaufen

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