CHAPITRE QUATRIÈME
se démembrèrent; il s*en foriha cent cinquante fiefs ou États particuliers, dont les chefs prétendaient bien ne plus reconnaître que la suprématie nominale de l'Empereur. Le droit d'élection à la dignité impériale resta définitivement entre les mains de sept princes , dont quatre laïques et trois archevêques; au-dessous d'eux étaient les princes du saint-empire, vassaux immédiats de l'Empereur;-puis les vUUt impériales, qui se déclarèrent t;i7&5 libres.
Cette commotion ébranla l'état social, et consacra le droit de la force ; chaque prince , ipaltre chez lui , pensa à s'agrandir aux dépens de ses voisins; les guerres privées recommencèrent; on vit s'élever une multitude de châteaux et de forteresses pour servir de défense. Les villes, plus menacées , se liguèrent entre elles ; de là sortirent la Confédération du Rhin et la Ligue hanséatique. Il fallait bien résister à ces oiseaux de proie qui descendaient de leurs aires des montagnes pour rançonner le bourgeois et le marchand.
On ne se h&tait pas de donner un maître à l'Empire, et quand le pape Grégoire X, affligé de cet état d'anarchie, menaça les princes allemands de cboisir lui-même un empereur, les électeurs n'allèrent pas chercher un prince puissant, qui fût capable de parler en maître, et de réprimer les pirétentions de la noblesse ; on prit un comte de Habsbourg, avoué de trois cantons suisses, et possesseur de quelques seignepries sur le Rhin. Mais il se trouva que ce comte , Rodolphe de Habsbourg , était un prince avisé , prudent, ferme et intrépide. De ses six filles, qu'il maria habilement , il se fit des alliances politiques avec les principaux souverains d'Allemagne. Il rétablit partout l'ordre et l'obéissance, fit une guerre implacable aux vassaux
récalcitrants, abattit leurs tours, leurs ch&teaux, dont les ruines jonchent encore aujourd'hui le sol, et régla définitivement les affaires de TEmpire avec la papauté. Rodolphe fonda ainsi une dynastie puissante , celle de Habsbourg- Autriche, qui règne encore aujourd'hui : elle a donné quinze empereurs à TAllemagne.
Cet état de lutte ne fut pas favorable aux travaux de l'esprit; l'Ëglise perdit peu à peu son autorité sur les âmes; le grand schisme d'Occident avait affaibli son influence; rAUemagne gibeline, longtemps en guerre avec les papes eu Italie, plusieurs fois excommuniée dans la personne de ses souverains, n'avait plus son ancien res^ pect pour l'autorité des pontifes ; il ne fallait qu'une impulsion pour l'en détacher; l'antipathie des races venait eii aide à cet ébranlement religieux; aussi la prédication de Luther trouva-t-elle un terrain tout préparé pour la séparation religieuse qui fut la Réforme ; le protestantisme était dans les idées avant de devenir un fait«
Au milieu de ces crises, l'Allemagne souffre profondément; le progrès s'arrête; la poésie est. presque morte; les peuples, foulés et rançonnés, croupissent dans la misère et la tristesse ; rien de grand , d'élevé ne sort des intelligences; la paix et la confiance sont indispensables au progrès et à la culture des esprits.
Nous retrouvons , au quatorzième siècle, quelques tentatives pour continuer la tradition des minnesinger, mais la décadence de cette poésie s'accuse de plus en plus; des imitations, des compilations plus ou moins heureuses ne sont pas faites pour lui rendre la vie. Certains auteurs^ dénués d'inspiration personnelle, remanient les poëines anciens, dont plusieurs ne nous sont parvenus que sous cette forme nouvelle; c'est à peu près le seul service rendu