CHAPITRE QUATRIÈME
par ce regain d*arrière-saison. La poésie chevaleresque n'est plus qu'un écho qui va s*affaiblissant, comme la noble institution qui lui a donné naissance; elle tombe dans les fadeurs allégoriques, comme cela avait lieu en France à la même époque : témoin le Roman de la Rose. C'est ainsi qu'on voit paraître le Chîire de l'amour, les Règles de V amour, la Couronne de la demoiselle, dont il suffit de citer les titres sans s'y arrêter.
On ne ressuscite point ce qui est mort, mais on peut au moins en prolonger le souvenir : c'est ce que fit l'empereur Maximilien , dont le goût pour les fêtes , les tournois et les vieilles traditions chevaleresques est assez semblable à celui de François ?' : ces deux princes ont été appelés souvent les derniers chevaliers, quoique certains côtés de leiu* caractère puissent leur en faire contester le mérite. De concert avec son chapelain, Melchior de Pfmzing, Maximilien composa son épopée personnelle sous le nom d'un héros nommé Theuerdanh; c'est une allégorie transparente où se trouvent relatés les faits et gestes du souverain, qui se flatte de présenter dans sa personne un modèle complet de chevalerie. L'intérêt en est médiocre, la poésie absente; son mérite principal consiste dans l'exécution typographique et les gravures sur bois ; c'est un des plus curieux monuments de l'imprimerie, que venait de découvrir, um demi-siècle auparavant, Hans Gens-Fleisch Gutenberg.
Revenons donc à la poésie populaire, ou plutôt au chant populaire des meistersànger, qui remplace désormais la poésie aristocratique. Ce n'est plus, il est vrai, qu'un métier qui devient la propriété exclusive des corporations d'artisans, et qui s'apprenait, dans les écoles de chant, au
moyen de certains procédés dont les règles invariables ne pouvaient être violées impunément. Le code, ou , si l'on veut, la prosodie de cet art presque mécanique, se nommait Tabulature; on y avait prévu les fautes contre les règles, contre la musique et contre la langue; un comité de trois juges examinait les poésies, indiquait les fautes, et décernait les récompenses : c'était nos jeux Floraux , moins l'indépendance. Un rhythme nouveau ne pouvait être admis que par décision de cet aréopage, car les chants et les strophes avaient leur forme convenue, déterminée.
Ce mécanisme adapté à la poésie devait singulièrement gêner l'inspiration; aussi est-elle généralement absente ; c'est de la prose mise en vers, sur des sujets et des airs qui se répètent sans cesse. Mais c'était la poésie du peuple, elle était faite à son image, elle correspondait à ses besoins, et elle ne laissa pas que d'entretenir un certain courant littéraire qui n'a pas nui à son éducation. Les joies de la famille, le mouvement du métier, la glorification du travail , les fêtes religieuses et civiles, voilà les sujets habituels de ces chants, où s'ajoute parfois une pointe de satire. Ce sont les meistersànger qui ont fomenté et entretenu le goût naturel des Allemands pour le chant et la musique, et sous ce rapport leur influence a été aussi salutaire que durable; nul peuple aujourd'hui n'a l'instinct aussi musical et la fibre aus^ lyrique que le peuple allemand.
Nulle part le meistergesang n'a été aussi florissant qu'à Nuremberg, la ville des vieux souvenirs. Elle a compté au quatorzième siècle plus de deux cents maîtres chanteurs ; c'est là qu'ont fleuri les trois Jean; tous trois célèbres par leurs poésies : ce sont Hans Rosenbltit, peintre d'armoiries, Hans Foltz, barbier, et Hans Sachs, cordonnier.