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CHAPITRE QUATRIÈME

que dans la Passion tflnnshrikk, qui est du quatorzième siècle, un côté comique se mêle au drame, et certaines plaisanteries assez grossières montrent que l'esprit religieux s'est affaibli, que l'art tend à se séculariser; aussi fut-il banni des églises et abandonné à des troupes ou à des corporations qui l'explmtèrent sans contrôle.

Sans cesse remanié et augmenté, le mystère de la Passion finit par prendre des proportions colossales; il fallait plusieurs journées pour l'exécuter, et la place publique servait de lieu à la scène. Un vaste échafaudage était dressé, représentant le ciel en haut, la terre au milieu, et l'enfer à la partie inférieure , avec une grande gueule de dragon qui s'ouvrait pour lancer des flammes. Souvent le drame pieux était incidente par des intermèdes comiques destinés à égayer l'assistance; dans quelques manuscrits, ce moment est indiqué par ces paroles : Hic sUdtus hquitur^ ici parle le bouffon. Un de ces bouffons attitrés était le marchand qui vendait du fard et des parfums à Madeleine et à ses compagnes : les quolibets et les lazzi nés de la circonstance ne manquaient pas de produire leur effet* En tombant dans la grossièreté, ce théâtre perdit son prestige; il dégénéra entièrement, pour fairç place à un art plus régulier, -à l'époque de la Renaissance.

Outre la vie et la passion du Sauveur, les mystères exploitèrent la vie des patriarches et des saints; on joua les Vierges sages et les Vierges foUes 9 le Sacrifice d'Abraham^ la {Conversion de Constantin^ et bien d'autres. La vogue des allégories amena les Moralités, qui n'eurent pas moins de succès. Les Deux Mariages, par Hans Poltz, sont la mise en scène allégorique de l'Église et de la Synagogue.

Au point de vue littéraire, toutes ces pièces sont d'une médiocre valeur : tout l'effet était dans Faction ; le style

est plat, la composition insignifiante ; ce qu'il y a de grand est dû tout entier à la sublimité du sujet et de TÉcriture ; il a manqué un Eschyle à ce drame religieux du moyen âge.

Le théâtre profane apparaît au quinzième siècle, mais sans beaucoup de gloire. Plusieurs maîtres chanteurs s'y appliquèrent ; ils y réussirent médiocrement. On attribue un assez grand nombre de pièces à Hans Rosenbltit, et quelques-unes à Hans Polfz. On traduit quelques comédies de Plante et de Térence. Les pièces religieuses ne sont pas entièrement abandonnées; il s'en fait même de nouvelles au seizième siècle, au milieu de l'agitation produite par la Réforme : les unes sont protestantes , les autres catholiques, selon l'opinion religieuse de Fauteur et celle des spectateurs auxquels il les destine : la Bible en fournit les sujets, et la controverse se mêle à l'action. On peut citer un Joseph, avec des chœurs, par Thiébold Gast, et un Saint- Jean-Baptiste , par Jean Aal , prêtre de Soleure , où le talent ne fait pas défaut.

Hans Sachs , le célèbre maître chanteur, est encore au théâtre l'écrivain le plus populaire ; ses pièces sont nombreuses, mais pas une ne dépasse le niveau commun; on y voit un esprit facile, aimable, doué de bon sens, qui a su amuser les loisirs de ses contemporains, mais sans rien laisser à la postérité ; un simple souvenir suffit à cette gloire éphémère : la critique ne doit s'arrêter qu'au mérite durable.

La fable est aussi ancienne que le monde : elle résulte d'une comparaison, d'une métaphore, d'une allégorie mise en action : il ne faut pas grand effort à l'esprit humain pour y arriver.

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