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CHAPITRE QUATRIÈME

Nous trouvons la fable dan$ toutes les littératures antiques : FOrient est sa vraie patrie ; on y parlait beaucoup par figures. Les Hindous, les Chinois, les Arabes ont eu des fables dès la plus haute antiquité, et tel sujet, né dans ces pays lointains, a traversé les régions et les siècles pour arriver jusqu'à nous, plus ou moins transformé, mais, au fond, toujours le même. Ces leçons de la sagesse et de Texpérience sont les plus faciles à transmettre par la tradition, et celles qui pénètrent le mieux dans les esprits, à l'aide du petit drame dont elles sont revêtues.

Dans la fable, c'est l'ammal qui fait la leçon à l'homme , et celui-ci l'accepte d'autant plus volontiers que la leçon est indirecte , et le docteur son subalterne. Le caractère invariable de chaque animal se prête admirablement à l'allusion qu'on en tire; dès qu'il est nommé, la pensée suit avec attrait la petite comédie qui se joue sous son nom, et la moralité se grave dans l'esprit en traits ineffaçables.

Le moyen âge. a fait beaucoup de fables, et il a développé certains sujets au point d'en faire des épopées populaires. Tel est le fameux Roman du Renard, cette longue fable, ou plutôt cette comédie à cent actes divers. D'où vient cette vieille satire de la société féodale ? Quel en est l'auteur? Chez quel peuple a-t-elle pris naissance ? L'érudition n'a jamais répondu complètement à ces diverses questions. L'Allemagne fait de grands efforts pour le disputer à la France, mais les conclusions semblent être contre elle. La plus ancienne rédaction connue est en roman-wallon, et les probabilités d'origine sont pour la Flandre ou la Lorraine. En vain la critique allemande nous oppose le nom même du Renard, qui est d'origine germanique , tandis que le nom français de l'animal était I c

vorpil, ou gorpil, ou goupil, venant du latin wilpes; ce nom populaire est employé dans le roman lui-même, concurremment avec le mot renard, et le terme allemand, qui a fini par prévaloir dans notre langue pour désigner l'animal rusé, ne prouve nullement que son épopée soit née au delà du Rhin. Le contraire est beaucoup mieux prouvé par les noms des autres animaux qui y figurent , et sont , pour la plupart , les victimes ou les jouets des bons tours de maître Goupil ; ces noms sont presque tous français d'origine, et leur appellation désigne le caractère dominant de chacun d'eux : Belin, le mouton; Bruin, l'ours; Chanieclair, le coq ; Cortois, le chien ; Noble, le lion ; Ferapel (fier de sa peau), le léopard; Isengrin, le loup; Cvvaert (couard), le lièvre; Tiercelin, le corbeau; Tardif, le limaçon, etc. Cette preuve en faveur de la France nous semble péremptoire, et prétendre que les auteurs français ont travaillé sur des récits ou des légendes venus de Germanie avec la conquête , nous semble une subtilité conjecturale qui dépasse les bornes de la critique sérieuse.

Le plus ancien rédacteur du Renard est un trouvère du douzième siècle, qui travailla sur des fables ou des récits populaires relatifs aux aventures du renard et du loup : on peut en fixer la date, avec M. Paulin Paris \ aux environs de 1250. Le récit, une fois commencé, fut continué par d'autres, et alla s'élargissant, se chargeant d'aventures diverses, de manière à former un certain nombre de branches, qui firent le tour de l'Europe. L'Allemagne ne fut pas la dernière à se l'approprier; son auteur le plus ancien se nomme Henri der Glichesàre (le cacheur). Alsacien

' Pàuun Paris , Aventures de maître Renard et d' Isengrin son compère.

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