CHAPITRE QUATRIÈME. g
de naissance » et qui travaille évidemment sur un texte français; d'autres Tiennent ensuite, qui remanient le même sujet, et les noms français donnés aux animaux persistent dans la rédaction allemande. La rédaction la plus célèbre est celle qui fut imprimée à Lubeck, en 1498, avec de curieuses gravures sur bois. C'est cette oeuvre que Goethe s'est plu à rajeunir, en prêtant à cette épopée populaire le prestige de sa grande renommée de poète [Remeie Fuchs).
Le Roman du Renard a une portée historique incontes-^ table : c'est une satire aussi vive que spirituelle contre la société du temps ; c'est la. vengeance populaire et bour* geoise contre l'oppression féodale. La ruse y est glorifiée aux dépens de la force. Maître Renard triomphe toujours,, dans ses tours multiformes, de ses hauts et puissants ennemis dont il fait autant de dupes. Le rôle dominateur n'est pas pour Noble, le lion, ni pour seigneur Léopard^ ni pour sire Bruin, un butor qui donne dans tous les pièges, ni pour Isengrin, le glouton féroce : toute la gloire, tout le succès, tous les bons rires de la galerie sont pour l'adroit filou qui les triche, les berne, les joue et s'en gausse, pour Maître Renard, qui triomphe jusqu'au bout. N'est-ce point, une revanche sociale pour le lecteur bourgeois, trop longtemps foulé et bafoué, et qui trouve dans tout ce récit des allusions vengeresses? De morale, peu ou point ; il n'est pas question de droit , mais de ruse et d'astuce; cette arme de guerre semble permise, tant elle a de gaieté piquante : exploiter les vices et les ridicules desautres, c'est peccadille dont on rit; on est désarmé, et Ton: a'a pas le courage de se fâcher. Après bien des méfaits ,. et sur les plaintes de ses nombreuses victimes. Renard est cité devant la cour du roi Lion ; chacun dépose contre lui „
les juges prononcent; sa perte est décidée; mais, las ! son repentir est si grand qu'il émeut le tribunal ; il fait amende honorable, et demande à aller expier ses péchés en Terre sainte. Qui oserait lui refuser cette pieuse expiation? Il part, mais c'est pour fuir d'un trait dans son fort, sa tanière de Malpertuis , d'où il fait la nique à ses trop confiants ennemis. Lorsque sire Bruin, chargé de la police, Tient arrêter le malfaiteur émérite , le prisonnier se tire d'affaire en exploitant la gourmandise du bon gendarme ; il le conduit à un arbre creux où, lui dit-il, il y a force rayons de miel; l'ours y met son museau; mais l'arbre, qui était fendu, se resserre, et le policier, pris à la souricière, reçoit en plus une volée de coups de bâton. Rien d'amusant comme cette épopée animale; les aventures y sont variées et multipliées d'une rédaction à l'autre : une fois le cadre ouvert , on s'en donnait à cœur joie. Un jour. Renard a trouvé un trésor; à tout seigneur, tout honneur : il en fait hommage à son roi Lion ; mais, pour Tenlever, il lui faut des souliers faits de la peau de ses ennemis; quand il est chaussé de la sorte, il se sauve, et se rend à Rome, où on le fait cardinal : l'hypocrisie ne le gène pas, elle est dans sa nature et dans son rôle; cardinal, ermite, pèlerin ou croqueur de poules, il est toujours le même; il fait des dupes jusqu'au bout, et il triomphe jusqu'à la fin : le dénoûment n'est pas plus moral que la pièce. Le proverbe qui dit que le loup meurt dans sa peau, n'est pas moins applicable au renard du poôme. Sa popularité n'en a pas été moins grande; il inspire les artistes; la tapisserie, la peinture y puisent des sujets; la sculpture le représente jusque dans les églises; dans la cathédrale de Brandebourg, on le voit, habillé en moine, qui prêche à un troupeau d'oies«