‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 48 sur 205 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Fischart, longtemps oublié, a été ressuscité par Lesising, et a repris une faveur qui dépasse peut-être son mérite.

Les arts, comme la littérature, ont exprimé les tendances Satiriques de celte époque troublée, où la pensée s'agite sous tant de formes, et s*épuise à la recherche des problèmes de la vie et de la mort. Pour le croyant, la mort n'avait rien de terrible ; son image était une excitation à bien vivre, en vue des fins éternelles. Le religieux plaçait un crâne dans sa cellule ; il méditait pendant de longues heures sur le néant de la vie et des joies humaines ; une pensée consolante et douce rayonnait autour du sombre emblème, car pour lui, la mort, c'était la délivrance, l'aurore de la vie céleste, achetée par la prière et la pénitence. Mais l'idée de faire de la mort un poème ironique et une sorte de sarabande tragi-comique pénétra dans le cerveau de certains artistes et poëtes; on vit bientôt paraître sur les murs des églises, des cimetières ou des cloîtres, cette fameuse danse macabre^ ou danse des morts, dont il reste des échantillons curieux à Bâle et à Lubeck. Cette espèce de sarcasme funèbre est-il né à la suite de la vaste fauchaison que fit la mort pendant la fameuse peste noire de 1348, dont bien la tierce part du monde mourut, comme dit Proissard? C'est l'opinion de plusieurs critiques. Le

* Ce mot a fort exercé la science étymologique , sans qu'on soit d'accord sur son origine; il vient , selon les uns, d'un poète nommé Maca- ^^1 qui aurait mis en vers ce sujet;, selon d'autres, d'une famîUe d^imagiers de Troyes, du nom de Macrade ou Macadre; enfin, l'opinion la plus fondée le fait venir du mot arabe Magbarah, qui signifie cimetière. La danse des morts de Bâle est du quinzième siècle ; on l'a faus- ^ment attribuée à Holbein; il reste peu de cbose de l'original. La France eut plusieurs danses macabres : au cimetière de Saint-Maclou , à Rouen; au cloître des Macbabées, à Amiens, et à Paris, au cbarnier des Innocents.

fait dominant, c'est Tidée satirique qui anime le tableau, et établit un niveau funèbre sur toutes les conditions sociales. Le squelette grimaçant de la mort donne à tous sa main décharnée et conduit la ronde, entraînant tous les états personnifiés : c'est d'abord le pape , puis l'empereur, le cardinal, l'évëque, le noble, la grande dame, le bourgeois, le paysan, le mendiant, l'aveugle. Les gestes, les attitudes, l'expression grimaçante des divers personnages, tout concourt à montrer l'intention satirique, le mépris de la grandeur, les misères de la vie, la vanité des choses humaines, l'égalité suprême devant la mort

Page 1