CHAPITRE V
Seizième siècle. — La Renaissance. — Obstacles au progrès. — L'imprimerie. — Luther. — La réforme, ses principes, ses conséquences. ~ Tradoction de la Bible par Luther. •* Érudits et théologiens. — Les hamanistes. — Reuchlin. — Ulrich de Hutten. — Érasme, son rdle et ses ouvrages. — L'histoire au seizième siècle. — Heidan. —
Tschndi. — Gœtz de Berlidiingen. — Tummayer. — Albert Durer.
Poésie : Chants religieux.
L'antagonisme séculaire entre rAllemagne et Tltalie, résultat naturel des grandes luttes entre TEmpire et le sacerdoce, y rendit plus difficile qu'ailleurs le mouvement intellectuel de la Renaissance. Un instinct de haine jalouse séparait les deux races , si différentes d'esprit et de caractère ; il fautToir danscette disposition des espritsune des causes principales du succès qu'obtint la réforme en Allemagne ; tout était préparé pour cette rupture ; il ne fallait qu'une occasion et un homme pour la faire éclater : Luther trouva et saisit l'occasion ; on sait le parti qu'il sut en tirer.
Depuis deux siècles, une civilisation élégante s'était répandue en Italie ; la langue de Dante , de Boccace et de Pétratque, fixée par le génie de ces écrivains, avait conquis l'unité, si précieuse au progrès d'une nation. Héritière directe des chefs4'œuvre de l'antiquité , l'Italie y avait puisé ce goût du beau qu'elle reproduisit dans ses arts et sa littérature. Le quinzième siècle fut pour elle une période d'éclat qui lui permit de rivaliser avec les siècles de Périclès et d'Auguste. Son génie ardent réchauffa les nations du Nord encore attardées et engourdies dans les
bruines du moyen âge , et sa rivale , son ennemie , l'Allemagne en ressentit elle-même les effets, mais ce ne fut pas sans résistance qu'elle accepta ces lumières nouvelles.
La routine régnait toujours dans les écoles; l'école théologique en était encore aux formules traditionnelles de la scolastique : c'était l'arche sainte; toute innovation était suspecte à ces docteurs, trop charmés de leur science pour vouloir en étudier une nouvelle, surtout venant d'étrangers suspects. Le grec et l'hébreu ,, presque enta^ chés d'hérésie, eurent beaucoup de peine à pénétrer dans les universités allemandes; on s'attachait à un ïatin barbare et l'on répudiait la langue cicéronienne , que les hommes de goût lui avaient substituée. Tandis que l'Italie péchait par excès d'admiration pour une science et des arts trop empreints de paganisme, en Allemagne on se rattachait à l'ignorance séculaire; on ferbfiait les yeux à la lumière nouvelle.
Cette lutte contre le progrès de la Renaissance fut principalement soutenue par Tordre des Dominicains, qui avait la haute main sur les universités allemandes :. Cologne était leur centre d'action. Us repoussèrent dé tous leurs efforts l'esprit nouveiau , comme un danger pour la religion; ils manquèrent de^ clairvoyance et de sens pratique. Au lieu de travailler à opérer, comme en Italie, l'union féconde du savoir antique avec l'esprit chrétien, ils s'acharnèrent à le combattre, à l'étouffer, et donnèrent ainsi des forces aux tendi^nces séparatistes de lai Réforme.
Le mal n'était point à l'étranger, il était au cœur même du pays, dans l'ignorance générale, dans la grossièreté des mœurs féodales, dans le désordre et la confusion des états, dans les abus de toute nature, fruit de cette ignorance et de cette corruption. Les satiriques que nous