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CHAPITRE CINQUIÈME

avoDS passés en revue ne font que constater , en la flagellant, cette déplorable immoralité. La foi religieuse, en s*affaiblissant , ne lui opposait plus une digue suffisante. Une grande crise se préparait; elle détruisit l'unité religieuse et prépara d'effroyables malheurs.

Et pourtant ce sol germanique nourrissait une foule de penseurs et d'érudits; il venait de fournir à l'humanité le plus puissant moyen de progrès , le levier du monde moderne, l'imprimerie. Au manuscrit, rare et cher, s'était substitué le livre, tiré rapidement à un nombre infini d'exemplaires, et pénétrant partout, depuis le palais jusqu'à l'atelier. Jamais révolution plus grande ne s'était opérée dans le monde des esprits; la lecture, l'instruction était mise à la portée de tous : le pauvre, comme le riche, était convié, pour la première fois, aux agapes de l'intelligence. Le mal en sortit comme le bien. Quel progrès humain n'est accompagné de l'abus ? L'arbre de la science n'a-t-il pas produit, avec l'orgueil, la déchéance de l'humanité? Le libre examen est né avec le livre; la pensée, émancipée par lui, s'est plus d'une fois enivrée d'ellemême, et l'Allemagne a poussé plus loin que toute autre nation cette exaltation du moi qui substitue l'homme à la Divinité : révolte satanique qui est le dernier terme de l'impiété.

Au nom de Luther, on voit se dresser devant soi la réforme et toutes ses conséquences. L'homme et l'œuvre ont été l'objet de bien des jugements contradictoires, selon le point de vue auquel on se place. Dans cette revue littéraire, nous n'avotis point à embrasser la vie entière de ce puissant esprit, ni la controverse religieuse qui résulte de sa doctrine, il suffit d'en indiquer les points principaux

pour expliquer le changement prodigieux accompli par la Réforme en Allemagne. Elle est le point de départ d'une ère nouvelle, tant pour la langue que pour la littérature ; elle a produit une révolution profonde dans le domaine des idées comme dans celui de la politique ; il importe d'en préciser le sens et la portée, avec le calme et l'impartialité qui conviennent à une critique judicieuse.

Disons-le tout de suite, ce n'est pas un homme ordinaire que celui qui a accompli une telle œuvre , qui a entraîné toute une nation , soumis à ses idées des millions d'intelligences, fixé la langue de son pays et lutté contre la plus grande puissance du monde, la foi séculaire de l'Église catholique. Il fut sans doute singulièrement favorisé par les circonstances : il arriva au point de maturité d'une scission préparée de longue date, mais il n'avait pas, comme Henri VIII, le glaive et l'autorité d'un souverain; la parole fut sa seule arme , la passion son moyen ; Dieu seul peut savoir ce qu'il y mit d'orgueil ou de conviction, c'est le secret de la conscience, et le jugement final ne nous appartient pas.

Dans sa belle Histoire des variations, Bossuet a combattu Luther avec les armes de la théologie, et il n'y a rien à ajouter à sa victorieuse réfutation. Mais le grand évêque de Meaux a su rendre justice à son adversaire dans les termes suivants : « Luther eut de la force dans le génie , « de la véhémence dans le discours, une éloquence vive « et impétueuse, qui entraînait les peuples et les ravissait, « une hardiesse extraordinaire quand il se vit soutenu et « applaudi, avec un air d'autorité qui faisait trembler « devant lui ses disciples , de sorte qu'ils n'osaient le con- « tredire ni dans les grandes choses ni dans les petites. >

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