‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 51 sur 205 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Fils d'un simple ouvrier mineur, Mai*tin Luther naquit en Saxe, à Eisleben, en 1483. Il fit de bonnes études en philosophie et en droit, et fut précipité dans le cloîlrc par rémotion qu'il ressentit un jour en voyant un de ses amis frappé à ses côtés par la foudre; il devint moine augustin, puis professeur de philosophie à l'université de Wittemberg, et enfin professeur .de théologie. Le succès qu'il obtint lui acquit une grande réputation, et lui donna en même temps une extrême confiance en lui-même. Cette confiance devint de l'audace, lorsque commença entre lui et les moines dominicains la lutte fameuse relative aux indulgences (1517); ce n'était d'abord, paratt-il , qu'une rivalité entre les deux ordres. Léon X avait confié aux dominicains la mission de prêcher en Allemagne des indulgences dont le produit devait servir & la construction de l'église Saint-Pierre de Rome. Des abus se produisirent, contre lesquels s'éleva vivement le moine augustin ; mais il dépassa bien vite les bornes , en attaquant encore l'autorité de l'Église, puis le purgatoire, les sacrements, le mérite des bonnes œuvres, le libre arbitre, enfin, et successivement, toutes les bases de l'Église catholique. Les thèses qu'il avait publiées sur ces matières furent brûlées publiquement par ordre du général des dominicains , Jean Tetzel; Luther fit brûler à son tour celles qu'avait composées contre lui son adversaire. Le pape intervint et Luther lui adressa une lettre de soumission : c Approuvez < et réprouvez comme il vous plaira, disait-il, je reconnat- « trai dans votre voix celle de Jésus-Christ même parlant par « votre bouche. » Ce n'était qu'une feinte, car il ne voulait nullement se soumettre ; il se sentait soutenu par l'électeur de Saxe, Frédéric. Appelé à comparaître devant le cardinal Cajetan, légat du pape, il refusa de rien rétracter

et s'esquiva, en appelant au pape mieux informé. Une bulle, publiée en 1520, condamna quarante et une propositions extraites de ses écrits. Luther, entrant en révolte ouverte contre l'autorité du Saint-Père, fit brûler publî- <IuementsabulleàWittemberg, et s'érigea définitivement en arbitre delà doctrine, substituant son autorité personnelle à scelle de l'Église, et montrant par là même le côté faible de isa réforme, c'est-à-dire l'opinion d'un individu mise en contradiction, en balance avec celle des Pères, des conciles et de tout l'enseignement catholique depuis quinze siècles.

Luther persista dans sa résistance devant la diète de Worms, convoquée par Charles -Quint; il y fut condamné de nouveau, et l'électeur de Saxe, craignant pour lui des mesures de rigueur, le fit enlever et le cacha pendant neuf mois au château de Wartbourg. De là, il continua sa polémique et ses écrits de propagande religieuse, qui passionnaient les esprits d'un bout à l'autre de l'Allemagne ; un des principaux est la Captivité de Babylone, qui est Kîomme le dernier mot de cette révolution radicale contre aa foi antique. Une foule de princes et de seigneurs «embrassèrent avidement la doctrine de Luther, car dans :un libelle , intitulé le Fisc commun, il leur montrait comme une proie à confisquer tous les biens ecclésiasi tiques. Après avoir attaqué le célibat religieux, il rompit îlui-même ses vœux en épousant une religieuse, Catherine àe Bore, enlevée à son monastère. Il alla plus loin, il signa une décision qui permit au landgrave de Hesse d'avoir hideux femmes. 11 mourut en 1546, après avoir vu éclater ^en Allemagne la guerre civile, comme premier résultat An libre arbitre, base de sa prédication.

Cette guerre est celle des anabaptistes, espèce de jacque- .rie révolutionnaire, qui, au nom d'une liberté sans frein.

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