CHAPITRE CINQUIÈME
morale est frappée d'une atteinte mortelle. Voilà en effet ce que soutint liUther dans son Serf arUtre : l'homme et le inonde sont la proie de la fatalité. On arrive ainsi à direcomme le musulman : Citait écrit.
Ainsi la doctrine de la liberté d*examen , de la liberté de pensée» aboutissant à la négation de la liberté humaine, telle est la contradiction, l'antinomie où aboutit un homtne*
. qui a prétendu réformer et épurer la croyance du genre humain; et pour que rien ne manquât à cette absurdité logique, Luther anathématisait quiconque ne se soumettait pas à son église , et le déclarait d'avance hérétique et pervers. C'était bien la peine de rejeter l'autorité de l'Église pour y substituer celle d'un individu! Mais c'est la faiblesse de l'erreur de ne pouvoir échapper à l'absurde.
Comment l'Allemagne philosophique et religieuse a-telle pu éviter jusqu'à un certain point les conséquences extrêmes que nous venons de signaler? En reprenant sa liberté entière contre Luther lui-même ; elle n'a conservé que le rationalisme, le droit d'examen et l'indépendance^ sans admettre un symbole déterminé. Une sorte de poésie religieuse et mystique s'est emparée des esprits ; la Bible est restée comme base, mais livrée à l'interprétation individuelle. Au lieu du catholicisme, qui s'appuie sur uneautorité reconnue, et dont chaque terme, chaque article, chaque dogme est défini, positif, immuable, il n'est resté
» dans la Réforme que la foi vague et mobile de l'imagination et du cœur; chaque individu se crée sa foi selon ses^ instincts et ses besoins, et l'ensemble va se perdre dansun vague panthéisme, dont l'humanité divinisée est le dernier mot : l'école de Hegel n'a pas d'autre conclusion. Un dernier mot pour achever de caractériser l'œuvre de Luther. Sa traduction de la Bible en langue vulgaire a
opéré une révolution dans la langue et la littérature allemande; il lui a donné sa forme définitive, en faisant triompher le moyen allemand, celui du Nord, aux dépens du haut allemand , celui de Souabe , qui avait été jusqu'à ce moment la langue littéraire. Le dialecte du Midi , abandonné peu à peu, restera en déchéance, tandis que la langue du Nord deviendra la langue nationale, en prenant une forme précise , et s'imposera par là à toute la littérature germanique.
La langue de Luther, développée, complétée, assouplie de siècle en siècle par de grands écrivains, et surtout dans les derniers temps par Goethe , est devenue un instrument admirable pour la pensée : son caractèris dominant est la synthèse, l'iropersonnalité. Elle est surtout riche en nuances ; elle a des ressources prodigieuses pour la combinaison des mots, au moyen d*afâxes, de préfixes, d'augmentatifs, de diminutifs, de transformations sans fin ; elle peut ainsi exprimer toutes les modifications de la pensée, et lui ouvrir des horizons infinis. Un écrivain allemand , Bœme, a fait de sa langue Téloge enlhousiriste que voici : « Quelle « langue oserait se porter rivale de la langue allemande? c Quel autre idiome est aussi riche et aussi puissant, aussi a hardi à la fois et aussi charmant, aussi beau et aussi c doux que le nôtre ? Il a mille couleurs et ceât ombres. « Rien ne lui manque, ni le mot fugitif qu'exige le besoin « de la minute, ni celui que demande le sentiment infini. « que Téternité ne saurait épuiser. C'est l'interprète fidèle « de toutes les langues que parlent le ciel et la terre, les « airs et les eaux... Cest le moi! Tout ce que l'homme « peut comprendre ou sentir, la langue allemande le tra- ^ duit, l'explique, le développe et l'embellit. »