CHAPITRE CINQUIÈME
En Allemagne comme en France, il n'y a dans ce siècle aucun historien national ; mais les chroniques et les mé-* moires y suppléent abondamment ; ce sont les sources où doit puiser rbistorien moderne pour refaire cette époque agitée.
L'usage du latin dans l'histoire se perpétue par tradition : les savants ne trouvaient pas digne d'eux la langue vulgaire. Aussi est-ce en latin qu'écrit le principal historien du seizième siècle, Sleidan, auteur dé V Histoire untverselle des quatre monarchies du monde et des Mémoires sur la situation de la Religion et de l'Etat pendant le règne de Charles^ Quint. Les Allemands le nomment leur Tite-Live. Son récit est animé, mais d'une partialité extrême en faveur de la Réforme.
Dans les chroniques au moins nous retrouvons la langue nationale , et l'intérêt devient plus vif. La Suisse se place au premier rang par plusieurs annalistes distingués : le plus remarquable est jEgidius Tscbndi, homme modéré, mais ferme catholique ; sa Chronique suisse, quoique inachevée , est un excellent ouvrage , contenant l'histoire de son pays depuis les origines jusqu'à l'année 1477.
Le chevalier Groetz de Berlichingen a laissé des mémoires intéressants, naïfs, véridiques. C'est sa propre vie, racontée par lui-même.
Tummayer, surnommé Aventinus, écrivit, en latin d'abord, puis en allemand, sa Chronique de Bavière, bon ouvrage , puisé aux sources et dénotant une vraie sagacité d'historien.
Albert Durer (1471-1528), le célèbre peintre de* la cour de Maximilien, mérite d'être cité ici pour avoir écrit le premier en langue allemande sur des sujets ^de science et d'art. C'était un large esprit autant qu'un homme de goût;
il fut à la fois peintre, graveur, sculpteur et architecte : il a cela de commun avec Léonard de Vinci. Il voyagea en Italie, en Hollande, et se lia avec Lucas de Leyde. Il y a de l'intérêt et du charme dans son Journal de voyage, entremêlé de poésies et de lettres. Il a encore écrit un Traité des fortifications et un Traité des proportions du corps humain.
A part Hans Sachs, qui conserve à cette époque les traditions poétiques du passé et ajoute même à leur gloire, on peut dire que ce siècle se signale par une décadence marquée de la poésie. Les chansons populaires seules conservent de la fraîcheur et de la vérité; mais quand survinrent les querelles religieuses, la chanson se tut avec la gaieté du peuple, et la verve poétique finit par s'éteindre.
En revanche, on vit apparaître un genre nouveau, la poésie religieuse, née de la Réforme. Pendant que les calvinistes traduisaient les psaumes en langue vulgaire, les luthériens composaient des chants d'église et les adaptaient aux airs populaires. Luther donna l'exemple et le modèle de ce genre de composition ; musicien et poète, il fit de ses chants et cantiques un moyen de propagande. On lui attribue trente-sept de ces morceaux religieux ; quelques-uns ont un caractère agressif et militant : tel est surtout le chant qu'il entonna, lui et ses compagnons, en entrant à Worms en vainqueur : c'est une sorte de Marseillaise religieuse dont l'accent vigoureux respire les champs de bataille. On compte par milliers les compositioiis que fit naître la Réforme au seizième siècle et que le peuple répétait partout; leur valeur littéraire est, en général, médiocre, mais ils prouvent combien la nation avait l'instinct lyrique et le besoin de s'épancher par le chant. Nous pourrions citer, dans le nombre, le Livre de chant, par Bucer,