CHAPITRE SIXIÈME
France qu*on alla chercher des modèles, non-seulement en littérature, mais encore dans les beaux-arts, dans les modes, dans le ton et les manières. Chaque cour, petite , ou grande, tentait de reproduire les splendeurs de celle ^6 Louis XIY; nos écrivains étaient lus, admirés, imités partout où l'on se piquait de bon goût et de savoir. L'Italie ^ut aussi sa part dans cette influence d'imitation , par les ^'^Pports continus qu'elle entretint avec la cour d'Autri- ^'^6> tant dans la politique que dans les lettres.
C'est ainsi que l'Allemagne, pendant plus d'un siècle, perdit de vue ses traditions personnelles et ses éléments d'originalité germanique, qu'elle devait revendiquer plus tard par un retour énergique de passion admirative. On ne pensait alors qu'à se dégager de l'enveloppe nationale, des souvenirs dédaignés du moyen âge, pour donner l'empreinte de la forme classique et française à toutes les productions de l'esprit. L'imitation fut servile et générale; or, comme, pour penser et écrire avec génie, il faut être soi-même et de son pays, la littérature allemande fut réduite à un rôle secondaire, sans vigueur, sans élan^ sans originalité; en un mot, elle manqua d'invention pro-^ pre et ne conserva que la forme extérieure, plus ou moinsrégulière, sorte de pierre d'attente pour le moment du grand réveil.
La paix de Westphalie n'arrêta pas l'Allemagne dans cette voie d'abdication nationale; au contraire, les cours,, subissant de plus en plus le joug de l'esprit français et la fascination attrayante de notre civilisation plus développée, se livrèrent sans réserve à l'admiration, à l'usagede notre langue, de nos écrivains et de nos mœurs. La noblesse prit exemple sur les souverains, la bourgeoisie sur les nobles. Ce ne fut, il est vrai, qu'une surface, un
simple vernis de luxe dû à l'engouement, car le peuple resta fidèle à ses vieux chants et à ses souvenirs; mais il est bon de se rappeler que, même au dix-huitième siècle, Frédéric le Grand dédaignait la langue allemande comme rude et barbare, qu'il écrivait en français et faisait fête à tous les philosophes français qu'il pouvait attirer, particulièrement à Voltaire.
Ce n'est pas qu'il n'y eût des tentatives louables pour soutenir ou relever l'esprit national, et conserver la pureté de la langue. Il se forma à Weimar, en 1617, une société intitulée Fructifère, sous le patronage du prince Louis d'Anhalt et de la haute noblesse de Saxe; elle est connue aussi sous le nom de V Ordre des Palmes; son but était de diriger et de conserver la langue allemande; mais elle eut plus de bonne volonté que de puissance et de goût; elle en fit preuve en faisant à notre du Bartas l'honneur de traduire sa Seconde Semaine, tandis qu'un de ses membres, Werder, traduisait l'Arioste et le Tasse.
Ces tentatives j venues de haut, eurent au moins pour résultat d'exciter les esprits et de ranimer le goût des études. D'autres sociétés se formèrent à l'exemple de la première ; sur le modèle des académies italiennes ; il y eut à Strasbourg la Société du Pin, à Hambourg la Société germanique^ à Nuremberg Y Ordre des Bergers de la Pegnitz, VOrdre du Cygne, etc. Toutes tombèrent plus ou moins dans le mauvais goût, dans la fadeur pastorale, et n'eurent qu'une vogue momentanée. La langue seule y gagna quelque souplesse par le travail du rhythme.
Du fond de la Silésie arriva une lumière nouvelle ; cette province autrichienne, par sa position reculée, avait moins souffert que les autres des grandes guerres nées de la Réforme ; elle donna naissance à un homme de talent ,