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CHAPITRE SIXIÈME

sinon de génie, qui sut donner à la poésie allemande une forme définitive et classique; cet homme fut Opilz.

Martin Opitz (1597-1639) naquit à Bunziau. Savant en philosophie, en jurisprudence et en archéologie, il visita la plupart des universités d'Allemagne, professant, observant, partout fêté, honoré, couronné et gratifié; c'était, parmi les princes, à qui le posséderait et lui ferait le plus gracieux accueil. Après avoir parcouru aussi la Hollande et la France, il finit par devenir secrétaire et historiographe du roi de Pologne. La p*este l'emporta à Danzig, à l'âge de quarante-deux ans.

Au milieu de cette faveur des cours, on doit s'attendre à ce qu'Opitz ait souvent consacré sa muse à la louange dé ses nobles protecteurs. Il ne pouvait se soustraire à ce besoin du temps et des circonstances; les cours étaient alors les seuls asiles du go&t; on n'arrivait que par elles à la renommée et à l'influence; les peuples n'étaient encore d'aucun poids dans la balance littéraire. Du reste , à part ces poésies de circonstance, dont on peut ne pas tenir grand compte, Opitz a des droits incontestables à la reconnaissance de ses compatriotes : il fut pour l'Allemagne ce que Malherbe fut pour la France, un homme de goût, un esprit sobre et méthodique, un tyran des mots et des syllabes. Il eut la gloire de fixer la langue poétique, à une époque où la divergence des idées et des tendances réclamait un réformateur. Dans sa Poétique allemande, il donne des préceptes dont ses poésies sont l'application : bon goût, élégance, concision , douceur et clarté de style , telles sont les qualités qu'il sut imprimer à la poésie ; on peut ajouter qu'il ne manque ni de grâce ni de fraîcheur, surtout dans les œuvres de sa jeunesse ; car plus tard son style, trop chargé d'ornements, perdit en chaleur ce qu'il

gagnait en correction; on sent trop souvent que l'effort et la recherche masquent le vide de la pensée. L'initiative personnelle lui fait* trop défaut : l'antiquité classique et les auteurs français sont des modèles qu'il ne perd jamais de vue. Ses poésies lyriques, Odes et Chants, quoique dépourvues de feu poétique et d'originalité, n'en sont pas moins estimables par le soin de la versification et la correction de la langue; on peut en dire autant de ses sonnets. Ses poésies dramatiques, Anligone, les Troyennes, sont des traductions de Sophocle et de Sénèque. Il a créé en Allemagne le genre didactique et descriptif par ses poëmes le Vésuve f Motifs de consolation, etc., où son talent déploie ses meilleures ressources. Opilz est resté le modèle de ison siècle h une époque où Ton savait moins créer qu'imiter et traduire. Sa gloire fut grande et durable; il en jouit pleinement, quoique sa carrière ait été courte : on le comparait à Pétrarque et à Ronsard; l'empereur

lui décerna la couronne poétique, et même des titres de

noblesse.

George Weckherlin (1584-1651) fut le précurseur d'Opitz et aurait pu être nommé avant lui. S'il eût eu plus de goût et un meilleur style, il aurait pu prendre, dans la poésie, la place qu'il laissa à son successeur. Il le dépasse peut-être par la force de l'imagination et du sentiment, mais sans la langue, il n'est point d'oeuvre durable, et l'écrivain perd son influence. Malgré la verve poétique qui règne dans ses odes, sonnets, élégies, pastorales, épigrammes, psaumes, etc., Weckherlin reste à une place inférieure. Il prit ses modèles en Angleterre et s'inspira de Shakespeare, qui lui a communiqué une certaine verve. Weckherlin suivit la carrière delà diplomatie et fut attaché il la chancellerie allemande de Londres, où il mourut. Ses

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