CHAPITRE SIXIÈME. H
poésies, longtemps oubliées, furent remises en lumière et en faveur par Herder, en 1779.
Paul Flemming (1609-1640) s'est formé à l'école d'Opitz, mais non sans une certaine indépendance : sa langue est pure et son vers harmonieux ; il y a quelque chose de personnel dans son inspiration, soit qu'il chante sa patrie, ses amours, la mort de Gustave-Adolphe, ou qu'il compose des hymnes religieuses. Il avait beaucoup voyagé, visité la Russie et la Perse, et venait de s'établir médecin à Hambourg lorsque la mort l'emporta.
André Greif ou Gryphius (1616-1664) mérite aussi d'être cité pour ses poésies lyriques, où domine une certaine mélancolie causée par les malheurs de son existence : il semble qu'il ait cherché dans la poésie un soulagement aux misères d'une vie aventureuse et troublée. Orphelin ile bonne heure, persécuté par son beau-père, victime de la guerre, professeur à Leyde, secrétaire d'un seigneur poméranien qui l'emmena en France et en Italie, il put enfin regagner sa patrie, la Silésie, pour y mourir. Il était profondément versé dans le grec et Thébreu et essaya d'introduire en Allemagne un théâtre avec choeurs à la manière antique. Il a composé dans ce genre : Léon FArménien, Charles Stuart, Catherine de Géorgie, dans un style déclamatoire qui les rend peu dignes d'attention. Sa comédie Peter Squenz vaut mieux que ces tragédies.
En somme, l'Allemagne n'a pas produit un seul grand poêle dans cette première moitié du dix-septième siècle, où règne l'école de Silésie. La poésie épique y est nulle; seule la poésie lyrique, religieuse ou profane, offre quelques belles œuvres : tantôt c'est l'écho des vieux chantres populaires, tantôt c'est l'imitation de l'antiquité. Le théâlre n'a que des œuvres indécises et sans couleur; les auteurs
cherchent une voie sans la trouver : la force créatrice leur manque. Aussi faut-il se borner à ajouter aux noms précédents ceux de quelques écrivains qui ne sont pas absolument dignes d'oubli. Paul Gerhard t continue Técole luthérienne dans ses chants religieux, où respire une émotion vraie, soutenue par la pensée de la bonté divine; plusieurs sont encore en usage dans l'Église luthérienne. Le jésuite Frédéric de Spée, qui fut un véritable apôtre au milieu des horreurs de la guerre de Trente ans et qui sacrifia sa vie en secoiurant les pestiférés de Trêves, a fait, comme Gerhardt, des chants religieux d'un caractère gracieux et naïf qui ont excité l'admiration de Leibnitz. Rist a laissé des recueils de cantiques autrefois estimés. Harsdôrffer, dans un genre plus mondain, se livra à l'imitation malheureuse des Italiens et prit pour modèle ce fameux Marini, dont l'hôtel de Rambouillet admirait le style ampoulé et les ridicules concetti. Des cinquante volumes de cet auteur, rien n'est resté; mais il fonda Y Ordre des Bergers de la Pegnilz! Philippe de Zezen est atteint et convaincu des mêmes défauts, sentimentalité ridicule, affectation, pathos, raffinement, tout cela forme une école qui eut bien de la peine à mourir, tant est vivace la plante inutile.
Une nouvelle école parut, qui prit aussi le nom de silésienne, comme la précédente , parce que ses chefs prirent aussi naissance en Silésie. Ce sont Chrétien Hoffmann et Gaspard de Lohenstein.
Malgré le nombre considérable d'écrivains que nous offre cette période, nous devons ^dire tout d'abord qu'elle ne fut pas pu progrès sur la précédente. Au lieu de suivre la méthode sensée et correcte qu'avait inaugurée le sage