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CHAPITRE SIXIÈME

pelé par l'électeur, devenu roi d'Angleterre ; c'est là qu'il mourut d'un accès de goutte, en 1716, entouré d'une gloire sans rivale , et ayant bien mérité de la science par ses immenses travaux. Il avait rêvé une langue philosophique, universelle, et formé le projet d'une encyclopédie.

L'Académie de Berlin, fondée par Leibnitz, fut réorganisée par le grand Frédéric, qui y ajouta la section de philosophie, négligée jusque-là ; c'était naturel, de la part du prince qui avait des relations intimes avec les philosophes français, et s'était fait leur disciple: mais quelle pauvre philosophie que celle des encyclopédistes ! Un fait curieux et caractéristique, c'est que le roi de Prusse avait imposé à son Académie l'obligation de publier ses Mémoires en français. Leibnitz était plus national que le roi, lui qui invitait l'Académie à épurer la langue nationale^ à étudier l'histoire du pays, à se pénétrer de sentiments allemands. Mais Frédéric savait à peine l'allemand, sa langue était le français, qu'il se piquait d'écrire élégamment en vers et en prose, quoique ce fût là une illusion démentie assez souvent par la grammaire et le goût. « Le roi, dit Maupertuis, qui présidait en 1740 l'Académie de Berlin, le roi veut qu'une langue parlée et écrite par lui avec tant d'élégance, soit la langue de son Académie '. » Bien plus, Frédéric imposait le français aux professeurs et aux élèves de son École civile et militaire, à l'exclusion de l'allemand. Cette manie de despote, tout en faisant honneur à la France, nous parait injurieuse pour le patriotisme allemand et pour le génie du peuple dont Frédéric, d'autre part, a tant

* L'Académie de Berlin proposa en 1782 cette question pour sujet de prix : Des causes de Vuniversalité de la langue française , et ce fut Rivarol qui le remporta.

contribué à préparer la grandeur. Nous ne voyons là, pour ce prince, quun préjugé d'éducation et d'habitudes; il avait pensé et écrit toute sa vie en français ; il ne voyait le progrès et la lumière qu'au delà de ses frontières, et il l'appelait au moyen d'une langue qui était devenue presque universelle; de là son antipathie pour le génie allemand en littérature. Voici comment il jugeait le Gœtz de Berlichingen de Goethe à son apparition : « C'est une imita* tion détestable de ces mauvaises pièces anglaises, et le parterre applaudit et demande avec enthousiasme la répétition de ces dégoûtantes platitudes. » Tel était le goût de celui que Voltaire appelait un Trajan, un Marc-Aurèle, un adorable prince^ avant la brouille et l'aventure de Francfort ; on a bien changé depuis à Berlin , et Potsdam ne singe plus Trianon.

Leibnitz rendit de grands services à l'étude du droit, surtout du droit public ; il y porta des idées neuves, l'esprit de réforme et de méthode. Outre les ouvrages cités plus haut, il faut encore mentionner son Traité sur le droit de souveraineté et d'ambassade ^ et son Code diplomalique du droit des gens»

En mathématiques, il est inventeur d4i calcul différentiel et intégral, dont Newton revendiqua la gloire, mais sans pouvoir lui enlever l'initiative de cette grande découverte : . ' la querelle acharnée des deux grands savants à ce sujet n'est pas trop à leur honneur; mais les droits de Leibnitz sont aujourd'hui reconnus et incontestés. Dans son livre intitulé Protogœa (la terre primitive), Leibnitz a entrevu le système de la géologie moderne.

Très-versé dans la science théologique, il espérait pouvoir réconcilier les Églises réformées avec le catholicisme, et la correspondance qu'il entretint avec Bossuet sur cette

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