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CHAPITRE VIL

Première moitié du dix-huitième siècle. — École de Leipzig. — Gottsched.

— Le théâtre et l'actrice Neuber Schwabe. — Pitschei. — Élia» Schlegel. — Schônaïch. — École de Zurich. — Bodmer. — Divorce des deux écoles. — Imitation anglaise. — Débuts de Klopstock. — La Noachide de Bodmer. — École saxonne. — Kaestoer. — Rabeoer.

— Cramer. — Liscow. — Gellert ; ses fables. — Lichtwer. — Hagedorn. — Haller.

Pendant la première partie du dix-huitième siècle, TAllemagne n'est pas encore elle-même ; elle continue de chercher sa voie, en s*attardant sur les traces des littératures étrangères. La France lui impose encore la loi, par Téblouissement que produit son grand siècle littéraire; Fécole classique de Gottsched, nommée aussi école de Leipzig, est l'expression de cette tendance ; elle domine pendant quelque temps, mais comme elle manque d'originalité et de génie, elle se voit bientôt détrônée par une école nou* \elle, celle de Zurich, qui s'attache à la littérature anglaise, et y cherche une inspiration plus en harmonie avec le caractère germanique ; c'est elle qui formera la transition avec l'école nouvelle, de laquelle date la véritable gloire littéraire de l'Allemagne, celle de Klopstock, de Wieland et de Lessing.

Christian Gottsched (1700-1766), né aux environs de Kœnigsberg, quitta la Prusse, sa patrie, pour échapper au service militaire, qui n'aurait pas manqué de l'atteindre, à cause de sa haute taille et de sa vigoureuse prestance ; on sait que Frédéric I*' aimait à recruter les plus beaux

hommes de la nation pour en composer les grenadiers de sa garde. Gottsched se rendit à Leipzig, y devint professeur, et bientôt arbitre du goût en littérature. Son idéal était l'antiquité et la France, ses principes, ceux de Boileau, c'est-à-dire la pureté, l'élégance, le bon sens. Tout cela était bien, s'il s'y fût joint le génie ; car si le goût règle le génie, il ne saurait le faire naître ni y suppléer. Or, Gottsched avait un goût pur, méthodique, mais sans inspiration, et il ne surgit autour de lui aucun grand poëte capable de justifier sa théorie de critique ; de là le peu d'influence, et même l'abandon de son école. En basant la poésie uniquement sur la raison, il exagérait une vérité préconisée par son maître Boileau :

Aimez donc la raison : que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.

Mais il ne tenait pas assez de compte du sentiment, de l'imagination, faculté dominante chez les Allemands, et qui bientôt allait revendiquer ses droits, en rejetant bien loin la doctrine de Gottsched.

Tel est le sens critique qui domine dans les ouvrages didactiques de cet auteur: Y Essai d^une poétique critique pour les Allemands, le Manuel d'éloquence, et les Principes fune théorie de la langue allemande, ouvrages estimables, que l'on a trop dédaignés, et qui ont certainement contribué au progrès de la langue, à l'épuration du goût, en achevant la défaite de cette pauvre école silésienne, qui avait encore des partisans.

Gomme poëte, Gottsched est moins remarquable que comme critique; on pourrait lui appliquer l'épigramme adressée plus tard à Laharpe, qu'après avoir lu sa théorie, on ne peut plus supporter ses vers. En effet, ses Odes,

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