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CHAPITRE SEPTIÈME

Epitres, Elégies, sont d'une médiocrité que rachètent à peine la correction et la facilité du style. Ses tragédies, imitées de Corneille et de Racine, sont un peu meilleures, et pour rAIiemagne, qui n'avait point de théâtre national, elles étaient véritablement un progrès, car elles remplaçaient les pièces grossières ou bouffonnes qui déshonoraient la scène. Son Caton mourant, sans être original, puisqu'il est tiré de deux auteurs étrangers , l'Anglais Addison et le Français Deschamps, n'en est pas moins une pièce estimable, la première tragédie véritable du théâtre allemand. Gottsched avait épousé une femme d'esprit, Victorine Kulmus, qui connaissait les langues anciennes et modernes, et travailla pour le théâtre, de concert avec son mari ; elle l'emporta même sur lui par la verve dramatique et l'imagination ; ses tragédies et ses comédies eurent du succès, et sa Correspondance confirme sa réputation de femme spirituelle et distinguée.

Mais le succès au théâtre de ce couple dramatique est dû en partie à une actrice de talent, Caroline Neuber, qui dirigeait avec son mari le théâtre de Leipzig ; elle y introduisit le goût classique, la traduction des pièces françaises, qui remplacèrent les anciennes farces ; madame Gottsched traduisit pour elle et sa troupe le Misanthrope de Molière, et le Tambour nocturne de Deslouches ; il n'était bruit en Allemagne que de ce théâtre francisé; toutes les cours, toutes les villes, se faisaient un honneur autant qu'un plaisir d'appeler la troupe de madame Neuber, et de la couvrir d'applaudissements.

L'école dramatique de Gottsched fut suivie par plusieurs • de ses amis et disciples. Schwabe continua les traductions de pièces françaises, dont le nombre monta bientôt à soixante. Pitschel fit une tragédie de Darius; enfin Jean

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Elias Schlegel \ oncle des deux frères Schlegel, depuis si célèbres, composa un bon nombre de pièces, tant tragédies mie comédies, qui furent bien accueillies du public. Après avoir traduit les Géorgiques de Virgile, les Èpilres d'Horace, VÉlectre de Sophocle, il imita Hécube et Iphigénie d'Eurî- , pide, composa Oreste et Pylade, Hermann, Didon, Lucrèce, Canut le Grand; ses comédies sont V Oisif affairé, le Mystérieux, Y Ennui, le Ban conseil, le Triomphe des femmes vertueuses, la Beauté muette; ces deux dernières nous paraissent les meilleures , mais toutes ont plus ou moins réussi à la scène. En général, ces pièces manquent d'action dramalique et de force d'invention, mais il y a des situations intéressantes, et le goût en est assez pur; la protection de Gottsched suffisait pour leur assurer la faveur du public. On doit encore à cet écrivain plusieurs ouvrages en vers et en prose, entre autres des odes, des cantates, des épîtres, etc., et un poëme sur Henri le Lion, duc de Saxe.

Enfin l'école de Gottsched eut aussi son épopée classique et nationale dans Arminius ou Y Allemagne délivrée, par Christophe-Otton de Schônaïch, lieutenant de cuirassiers. Ce poëme, dédié au landgrave de Hesse, fut honoré d'une couronne de laurier, décernée par l'université de Leipzig et présentée à l'auteur par Gottsched; la postérité ne lui a pas confirmé la gloire que lui avaient acquise les suffrages contemporains.

Du reste, une école nouvelle, celle de Zurich, représentée par Jean-Jacques Bodmer (1698-1783), venait de s'élever et débattre en brèche celle de Leipzig, en donnant à la lit-

» Elias Schlegel eut deux frères, Jean-Henri Schlegel, traducteur de Thomson et d'Young, et historiographe de Danemark; Jean-Âdolphe Schlegel , auteur de sermons , de fables et de cantiques : ce dernier fut le père des deux célèbres Schlegel.

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térature un mouvement plus nalional. Bodmer, professeur de littérature et d'esthétique, était (ils d'un ministre protestant des environs de Zurich ; il s'adonna à l'étude de la langue et de la littérature anglaises, s'enthousiasma pour le Spectateur d'Addison, et fonda sur ce modèle, en 1721, un recueil hebdomadaire ayant pour titre Discours des peintres, qui vécut dix-neuf années. Il prenait pour base de sa théorie ce mot d'Horace : Ut pictura poesis erit, et voulait que la poésie fût assimilée à la peinture, et que son objet principal fût la description ; l'imagination devait prévaloir dans toutes les œuvres, et l'on devait sacrifier l'élégance, la correction, le rhythme même à la force de la pensée, à la hardiesse de l'invention. C'était tout le contraire des principes deGottsched, et l'hostilité devait bientôt éclater entre les deux écoles. Ce furent d'abord des escarmouches; on se ménageait, tout en marchant en sens divers; Bodmer donna même des éloges au Caton de son rival. Mais en voyant les novateurs s'éprendre sans mesure de la littérature anglaise, et surtout après la traduction par Bodmer du Paradis perdu, de la Dunciade et de Hudihras, Gottsched éclata; il attaqua Milton, l'accusa de mauvais goût, de barbarie, et ne ménagea ni le traducteur ni le poëte, Bodmer crut de son honneur de défendre son modèle, et répondit par son Traité du merveilleux dans la poésie, tandis que son ami et collaborateur Breitinger, plus jeune et encore plus audacieux, écrivait sa Poétique^ où il se mettait en opposition complète avec Gottsched. Dès lors, la rupture fut complète, et pendant vingt ans ce fut une guerre acharnée de pamphlets et d'invectives entre les Goltschidiens de Leipzig et les Bodmériens ou Suisses, guerre qui a quelque ressemblance avec celle que nous avons vue récemment entre les classiques et les romantiques en

France. Les novateurs finirent par l'emporter; tous les jeunes auteurs, tous les écrivains qui avaient de la valeur, de l'énergie, qui pressentaient l'avenir, et se sentaient rebutés par le pédantisme de GoUshed aussi bien que par la sécheresse de sa méthode, se groupèrent autour de Bodmer ; leur devise était: Enthousiasme, imitation de la nature. L'Angleterre leur offrait des modèles qui convenaient mieux au génie germanique, à son besoin d'indépendance, que l'école classique de la France ; ils secouaient un joug pour tomber sous un autre, mais celui-ci était moins sensible; c'était presque la liberté, à cause de la conformité de langue, d'esprit et de caractère. Leur triomphe fut complet quand parut un vrai poëte national , appelé de leurs vœux : Klopstock , en 1748, publia les trois premiers chants de sa Messiade; ce fut un enthousiasme qui réduisit à néant la critique partiale et injuste du vieux Gottsched, vaincu et presque abandonné.

Quant à Bodmer, dont la verte vieillesse put jouir longtemps de la victoire de son parti, il vit se développer le mouvement littéraire provoqué par lui, et, quoique surpassé par plusieurs de ses disciples, il vécut, entouré de respect, jusqu'à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Son épopée, la Noachide ou le Déluge^ bien inférieure à la Messiade, prétait bien à la critique, et prouvait que la théorie est bien plus facile que l'art lui-même ; mais les partisans la convoyèrent avec un certain honneur, puis le silence se fit sur toutes les œuvres de ce chef d'école, qui fut meilleur critique que poëte; malgré sa grande réputation, on ne lit plus aujourd'hui ses drames, ses poëmes bibliques, ses odes, ni même sa Noachide, imitation pâle et froide du Paradis perdu de Milton. Sa polémique littéraire offre seule quelque intérêt pour l'histoire des lettres. On doit lui savoir

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