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CHAPITRE PREMIER

cesse la puissance romaine. Auguste ne pouvait se consoler des trois légions massacrées avec Yarus dans la forêt Hercynienne; elles furent vengées par Germanicus, mais la lutte ne fit que grandir de siècle en siècle , et à mesure que FEmpire s'affaiblissait par les divisions , par les rivalités et la corruption des mœurs, les peuples germains grandissaient en nombre et jdn puissance : l'avenir leur appartenait.

Les peuplades germaniques peuvent se rattacher à cinq groupes principaux :

1« Les Francs (Sicambres, Bructères, Gattes, Ghérusques, Ghamaves) ;

!S« Les Suives (Marcomans, Hermundures, Quades, Semnons , Langobards , Burgundes) ; 3* Les Saxons (Gauques , Angles) ; 4** Les Allemands;

5* Les Goths (Ostrogoths, Yisigoths, Vandales, Gépides). Les Romains, qui avaient dompté la race celtique, et se Tétaient presque assimilée par la conquête, n'eurent pas le même bonheur ni la même puissance contre la race germanique, plus sauvage, glus belliqueuse. Tacite, en décrivant les mœiu*s de ces ennemis , donnait à sa nation une leçon indirecte de vertu dont elle ne sut pas profiter; aussi, pendant que celle-ci allait s'affaissant dans la décrépitude et la honte, l'autre grandissait par le nombre et l'audace.

c Ni les Sammites, dit Tacite, ni les Garthaginois, ni les « Espagnes ou les Gaules, pas même les Parthes, ne nous « ont donné de plus fréquentes alarmes que les Germains ; « c'est que la liberté germaine est bien autrement redou- « table que la tyrannie des Arsacides. Dans ces temps, < il a été plus facile d'en triompher que de les vaincre. »

40 LITTÉRATURB ALLEMANDE.

La Germanie de Tacite est une esquisse de trente pages, mais condensée, concise et sillonnée de ces traits profonds qu'il a su répandre dans tous ses ouvrages. Nous pouvons en résumer ici la substance , et nous aurons le portrait exact des Germains, encore reconnaissable aujourd'hui chez leurs descendants.

« Je crois que les Germains sont une race pure , sans <c mélange d*autre nation. Leur caractère est. partout le <K même; des yeux bleus, durs, des cheveux roux, une « haute stature; ils n*ont de vigueur que pour le premier « élan. Ils résistent mal à la fatigue et au travail, point du « tout à la soif et à la chaleur. Le climat les a habitués à « supporter le froid et la faim.

« Chez eux, les mœurs sont pures, les mariages res- «c pectés : point de polygamie , sauf quelquefois pour les <f chefs, par honneur. Le mari, non la femme, apporte la « dot, qui consiste en un bouclier, une framée, des bœufs, « un cheval. La femme est avertie qu'elle doit partager le « sort de son époux dans la paix comme dans la guerre, « oser et endurer avec lui : ainsi vivre , ainsi mourir. La

« mère allaite tous ses enfants et ne les livre point à des

« nourrices , à des servantes. Us attribuent aux femmes « une sorte de caractère religieux , inspiré ; ils les con- « sultent et respectent leurs avis. La jeunesse est chaste, « la vigueur héréditaire. Être corrompu ou corrompre ne « s'appelle pas chez eux vivre selon le siècle ; les. bonnes « mœurs font plus chez eux que les bonnes lois ailleurs.

« Nulle nation n'est plus hospitalière. Connu ou inconnu, c on a le droit de se présenter dans chaque maison , et d'y « être bien reçu. Passer les jours et les nuits à boire n'est « pas une honte. Dans l'ivresse, les querelles sont fré- « quentes. Les festins, selon eux, délient la langue et le

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