‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 8 sur 205 · CHAPITRE PREHIJSR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREHIJSR

« cœur : c'est le moment qu'ils choisissent pour délibérer ; a mais, pour résoudre, ils veulent le sang-froid du len- < demain. Ils aiment le jeu de dés avec passion , et vont « jusqu'à jouer leur personne et leur liberté. L'amusement . <c favori des jeunes gens est de sauter tout nus au milieu c des épées et des framées.

« Us choisissent les rois par la noblesse de la race , et « les chefs , par la valeur. Le pouvoir n'est pas absolu ; « l'autorité de l'exemple et la bravoure sont les meilleurs « stimulants à l'obéissance. Ils ont des chants de guerre « appelés bardits, qui servept à enflammer lé courage et à « augurer du succès : selon l'accent qui résonne, ils « tremblent ou font trembler. Dans les combats, ils se « groupent par famille : c'est une excitation à bien faire ; « ils sont encouragés par les cris des enfants et des « femmes ; celles-ci ne craignent pas de venir ensuite « compter les blessures et sucer les plaies. Le lâche est « jeté sous la daie et plongé dans un bourbier. Us vont « tout armés aux assemblées. Pour être admis parmi les « guerriers, le jeune homme, dans ces réunions, reçoit le a bouclier et la f ramée : c'est, pour lui, la toge, l'initia* c tion à la vie civile.

« Les chefs s'attachent des compagnons qui se font un <K honneur de les servir, et se disputent le premier rang. « C'est une gloire d'avoir autour de soi beaucoup de braves, c ornement dans la paix , rempart dans la guerre. Dans le a combat, c'est une honte au chef de le céder en valeur, aux « compagnons de ne point égaler le chef, et c'est un oppro- « bre inefiaçable de lui survivre sur le champ de bataille ; le « défendre, le garantir, lui rapporter même leurs belles « actions, tel est leur serment le plus sacré. Le repos leur c est insupportable ; la guerre est leur élément ; le butin ,

< leur récompense. Dans les intervalles, ils passent le c temps à chasser et à boire. Les femmes, les vieillards, c les faibles s'occupent de la culture des terres et des soins « de la maison. Singulière contradiction, chez ces peuples, « d'aimer l'oisiveté et de haïr le repos !

c Les haines, comme les affections , sont solidaires dans « la famille; mais on peut racheter les torts, même l'ho- « micide, et satisfaire la famille lésée au moyen de têtes « de bétail.

« Leur respect pour la majesté divine ne leur permet « pas d'enfermer les dieux dans les temples, ni de les

< représenter sous une forme humaine. Ils consacrent des « bois et des forêts, et y adorent une divinité invisible. a Ils consultent aussi le sort et les auspices par des céré- € monies particulières.

Il est facile de comprendre , par les données de l'histoire, avec quelle justesse, quelle sagacité, Tacite avait saisi les traits principaux du caractère des Germains, alors qu'ils étaient encore cantonnés dans les froids marécages et les forêts au delà du Rhin. Tous ces éléments se développeront, épurés et modifiés par la prédication chrétienne : organisation politique , noblesse héréditaire , système féodal, attachement de l'homme à l'homme, chevalerie, bravoure, amour des aventures, des combats, respect delà femme, établissement de la famille, esprit religieux , tendance à remplacer la force par le droit, au moyen de la composition.

Notre intention n'est pas de suivre ici les mouvements historiques des divers peuples de la Germanie. On sait comment, après plusieurs siècles d'attaques répétées contre l'empire romain , de plus en plus affaibli, ils s'ébranlèrent, ▼ers la fin du quatrième siècle, poussés, paratt-il, par de

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