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CHAPITRE SEPTIÈME

gré d*avoir édité les Nibelungen et les PoéiUs des Minnesinger, en appelant l'attention des modernes sur les vieilles poésies nationales.

Au milieu des controverses littéraires que produisirent les deux écoles rivales, il faut signaler un groupe d*écrivains qui collaborèrent au Journal de Brème, dont le titre était : les Nouvelles Études pour le plaisir de la raison et de VesprU; leur chef était (îhristtan Gœrtner (1712-1791), professeur à Brunswick, et critique distingué : on les désigne encore sous le nom d'École saxonne. La plupart étaient de jeunes auditeurs de Gottscbed; partisans de Técole de Leipzig, ils s'en détachèrent, mais sans suivre l'école rivale, celle de Bodmer ; ils restèrent indépendants. Leur Journal de Brème attira l'attention publique et exerça une certaine influence; les principaux de ces écrivains sont Kœstner, Rabener, Jean-Adolphe Schlegel, Zachariae, Ebert, Cramer, et enfin Gellert, le plus illustre de tous.

Kœstner (1719-1800), savant professeur de mathématiques à Gœttingen, était en même temps un fin satirique; il a fait de nombreuses épigrammes, et attaqua spirituellement le pédantisme de l'école de Leipzig, aussi bien que le provincialisme, la prononciation et l'orthographe défectueuses des auteurs suisses.

Rabener (1711-1771), dans ses satires, ne montre ni amertume ni passion violente ; il plaisante avec esprit et dignité, en attaquant les ridicules des diverses classes, les juges, les avocats, les prédicateurs, les mauvais poètes, la bourgeoisie, la noblesse. On peut retrouver chez lui le tableau assez varié des mœurs du temps, mais ces satires n'ont plus pour nous qu'un intérêt rétrospectif.

Cramer (1724-1788), d'abord prédicateur à la cour de Danemark, puis professeur de théologie à l'Université de

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Kiel, a beaucoup écrit en prose comme en vers; ses poésies sont surtout religieuses ou morales, et ne manquent pas de mérite; sa traduction des Psaumes est estimée. En prose, il a laissé des Sermons, une traduction de Y Histoire universelle de Bossuet, avec une continuation dont la faiblesse ne fait que mieux ressortir le mérite éminent du grand évêque de Meaux.

Parmi les satiriques qui s'attaquèrent à l'école de Leipzig, il ne faut pas oublier Liscow (1700-1750), esprit vigoureux et indépendant, qui visait tous les ridicules, sans acception de parti. Il maniait habilement l'ironie et le sarcasme, et frappait rudement ses adversaires, au point de se faire beaucoup d'ennemis; les personnalités sont l'excès de la satire, et Liscow y tomba souvent; aussi eut-il à subir plus d'une vengeance. Avec un talent réel, un style pur, beaucoup d'érudition, de verve et d'esprit, Liscow n*a laissé qu'une trace fugitive dans la littérature, parce qu'il s'est restreint aux hommes et aux choses du moment.

Christian Gellert (1715-1769) fut un des rédacteurs du Journal de Brème; mais la modération de son esprit, l'honnêteté, la douceur de son caractère, le mirent à l'abri des excès des deux écoles ; il resta lui-même, c'est-à-dire un professeur sérieux de philosophie, un écrivain correct, élégant, soumis aux règles, cherchant à plaire, à être utile plutôt qu'à innover. Son imagination était calme, sa production facile, abondante, mais il lui manqua l'originalité créatrice. Il a beaucoup écrit dans tous les genres : drames, romans, odes, cantiques, leçons de morale, contes et fables; c'est ce dernier genre qui lui a fait une réputation durable. Son théâtre est médiocre : la Dévole est une pauvre imitation de Tartuffe^ et pourtant elle offensa beaucoup de gens et troubla la vie paisible de l'écrivain; il réussit mieux

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dans son drame sentimenlal les Tendres Sceurs, qui offre du naturel et de Fintérèt; en général, Gellert connaissait trop peu le monde pour le peindre au vif dans la comédie. C'est dans la fable qu'il faut chercher Gellert, c'est là que son talent brille d'un pur et doux éclat; s'il manque un peu de vivacité, de trait, de concision, il a toujours le charme du naturel, une familiarité qui n'est jamais triviale, le tour simple et vrai qui convient au genre. Il insiste trop, il est vrai, sur la moralité de ses apologues, mais c'est avec l'intention d'être utile : il oublie que plus de brièveté produirait peut-être plus d'effet. Plusieurs de ses sujets sont imités de La Fontaine, mais le plus grand nombre est de son invention.

Lichtwer (1719-1783), professeur à Wiltenberg, suivit les traces de Gellert dans la fable, et y porta même plus de vivacité dans la narration, plus de finesse et d'originalité, mais son goût est moins pur; son recueil parut en 1748.

Hagedorn (1708-1754), de Hambourg, qui vécut indépendant au milieu des deux écoles, est aussi un fabuliste de

mérite, et se place au niveau de Gellert. Il a fait des contes, des satires, des épitres, où il prend pour modèle Horace, dont il reproduit parfois le facile abandon et la tendance épicurienne.

Albert de Haller (1708-1777), ami de Hagedorn, avec lequel il a, comme poëte, une certaine conformité, nous offre le phénomène, assez fréquent en Allemagne, d'une belle imagination poétique unie à une science prodigieuse. Leibnitz et Goethe en sont d'illustres preuves. Haller annonça de bonne heure ce qu'il serait un jour : à dix ans, il savait le grec, le latin, l'hébreu, le chaldéen, et composait des grammaires de ces deux dernières langues;

à quinze ans, il écrivait un poëme sûr Guillaume Tell en quatre mille vers, qu'il brûla ensuite comme entaché de mauvais goût. Il se rendit à Leyde, pour étudier la médecine sous Boerhaave , fut reçu docteur, passa par Londres et Paris, et rentra à Bâle, sa patrie, pour y être bibliothécaire de la ville ; il fut ensuite appelé à Gœttingen i)ar Georges II, pour y professer Tanalomie ; tous les souverains se le disputaient, mais le sénat de Berne, par un décret, l'attacha à perpétuité au service de la République, et Haller ne quitta plus sa ville natale, où Joseph II vint le visiter en 1777, année de sa mort. Il aimait sa patrie, ses montagnes, et son meilleur poëme est une œuvre descriptive intitulée les Alpes, dont on admire la verve et l'inspiration. Ce qui domine dans sa poésie, c'est l'accent lyrique, dénotant une Ame forte et convaincue, l'amour du beau et du vrai; son poëme î;[xv Y Origine du mal est empreint des mêmes caractères. Il a fait aussi des Pastorales, des Satires contre la corruption des mœiirs, une ode touchante , toujours admirée, sur la mort de sa femme, et quelques écrits de polémique contre Voltaire. Ses grands travaux en anatomie, en botanique, en physiologie, ont fait époque dans la science ; ses Éléments de physiologie ont été le point de départ de découvertes importantes. Haller est un de ces hommes complets qui font honneur à l'humanité.

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