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KLOPSTOCK. LA MESSIADE. LES ODES

Nous avons vu jusqu'ici dans la littérature allemande beaucoup plus d'efTorts et de bonne volonté que de résultats. Le nombre des écrivains est considérable, les ouvrages nombreux dans tous les genres ; la langue s'est formée peu à peu, le goût s'est épuré, les lumières, les aspirations viennent de toutes parts, et pourtant rien de grand, rien de complet n'a paru, le génie n'a pas encore sillonné ces régions indécises, colorées de vagues lueurs. L'Italie avait eu une brillante renaissance, couronnée par le siècle des Médicis; l'Espagne avait produit au seizième siècle toute une phalange de grands écrivains; l'Angleterre avait eu en Shakspeare l'expression la plus complète de son génie national; la France enfin, sous Louis XIY, avait atteint cette maturité littéraire et produit cette grande série d'écrivains qui étaient devenus l'admiration du monde entier. L'Allemagne seule restait en arrière, travaillant sur elle-même, prenant des exemples et des modèles chez tous les peuples, mais n'ayant pas encore conscience de sa force et de son génie. Travaillée, bouleversée depuis deux siècles par la Réforme et les grandes guerres qui en furent la suite, il lui avait manqué le calme, l'unité, les loisirs, qui servent de base aux études littéraires; elle avait cherché sa voie hors d'elle-même, ses modèles à l'étranger, en Italie, en France, en Angleterre, sans songer qu'un peuple est

comme une plante, qui ne peut porter des fleurs et des fruits que sur le terrain qui lui est propre, avec la sève tirée du sol natal.

Mais le génie allemand était trop vivace, le mouvement intellectuel trop vigoureux, pour rester longtemps en arrière, dans le champ stérile de l'imitation. Vers le milieu du dix-huitième siècle, il arriva à ce point de maturité où Téclosion des grandes œuvres devient en quelque sorte spontanée, pourvu qu'un homme supérieur se présente, qui personnifie les vagues aspirations de Tintelligence. Cet homme fut pour TÂllemagne Frédéric-Gottlieb Klopstock (1724-1803).

Il naquit à Quediinbourg, dansleHartz,fit ses premières études dans sa ville natale, et étudia la théologie à léna. Dès cette époque, son âme rêveuse et enthousiaste se livrait à la poésie ; il pensait à un grand poëme à la fois religieux et national, et avait choisi pour héros Henri I", le civilisateur de l'Allemagne : mais il abandonna ce projet; iibsorbé par la pensée religieuse, il voulut réaliser l'épopée chrétienne par excellence, et chanter l'auteur de la Rédemption du monde. Son plan de la Messiade était conçu, et il en composa les trois premiers chants, en employant l'hexamètre, à la manière des portes antiques. Déjà plusieurs tentatives avaient été faites pour appliquer ce rhythme à la poésie allemande, mais Klopstock eut la gloire de l'assouplir, de s'en rendre maître et d'en faire l'application à une grande œuvre. Il était venu s'établir à Leipzig en 1746; il y fut bien accueilli par les écrivains du Journal de Brème, et c'est là qu'il publia les trois premiers chants de sa Messiade, qui firent en Allemagne une immense impression. C'était comme une révélation du génie national ; l'admiration fut sans bornes, et le nom

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