‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 73 sur 205 · CHAPITRE HUITIÈME. Wi · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. Wi

du poète fut salué par tous les échos de la renommée. Gottsched et ses disciples sentirent que c'était un coup mortel pour leur doctrine, et attaquèrent vivement une œuvre qui réduisait la leur au néant. Mais KIopstock eut pour lui Técole rivale, celle de Bodmer, qui avait pris le dessus ; le public était sous le charme, et lui donna gain de cause. Le poète alla passer quelque temps à Zurich, auprès de Bodmer, qui était heureux de voir enfin surgir im grand écrivain selon ses vœux. KIopstock était sans moyens d'existence, mais il trouva un protecteur généreux dans le comte de Bernstorf, ministre du roi de Danemark, Frédéric Y; une pension de deux miUe livres lui permit de se livrer entièrement à ses études, poétiques. Copenhague Tut pendant vingt ans sa résidence ; avant de s*y rendre, il connut et épousa à Hambourg Marguerite MoUer, qu*il a célébrée dans ses poésies sous le nom de Gidlie ; il eut le malheur de la perdre au bout de quatre années de mariage. Après la disgrâce du comte de Bernstorf, il revint eu Allemagne, et se 0xa à Hambourg; c'est alors qu'il publia les derniers chants de sa Messiadt, depuis longtemps attendus. Le margrave de Bade, admirateur de son talent, lui donna une pension. Enthousiaste de la liberté, KIopstock chanta les débuts de la Révolution française, mais il témoigna ensuite son horreur pour les crimes et les excès qui la souillèrent; il refusa le titre de citoyen français qui lui fut offert ; Charlotte Corday trouva en lui un chaleureux défenseur. En 1802, il fut nommé membre de Unstitut de France, et mourut Tannée suivante. Une femme dévouée, Elisabeth de Winthem, qu'il avait épousée dans un âge avancé, combla de soins affectueux les dernières années de sa vie. Dans ses derniers moments, il répétait les vers qu'il avait composés autrefois sur la mort de

Marie, sœur de Lazare : « 0 mort, sommeil léger, la plus « douce des bénédictions, c'est donc toi ! Anges, habitants « du ciel, est-il possible que je sois bienheureuse!... Oublie c le passé, donne-moi le calme et la paix! i>

Le tombeau de sa chère Marguerite (Metta), à Odensée, reçut sa dépouille mortelle. On lut, à ses funérailles, le chant de mort de Marie, un des passages les plus touchants de la Mesriade; sa tombe fut ainsi entourée de ce parfum de poésie qui l'avait accompagné dans toute son existence. Nous donnerons ici un fragment de ce chant, qui servira à montrer la manière du poêle.

Marie ignore la mort du Sauveur; c'est Lazare, son frère, qui la lui apprend :

« Ah! ma sœur, si la voix de la mort me rappelait à

« présent , elle me paraîtrait plus mélodieuse que les chants

« du peuple au jour d'actions de grâces du grand Alléluia.

« — La joie et l'étonnement saisissent mon cœur. Que

« dis-tu, mon frère?

« — Je veux le lui dire , mes amis ; ne celons point les « voies du Seigneur, quelque formidables qu'elles soient. « Marie , le meilleur des hommes , notre divin ami , le « secours suprême des malheureux! Jésus-Christ, qui re- « mettait les péchés, qui ressuscitait les morts, avec un « courage et une patience angéllques, est mort sur la « croix!

« — Sur la croix! balbutia-t-elle en tremblant, — et les « ténèbres de la mort s'épaississent autour d'elle , — siu* « la croix! — sa tête s'affaisse. — Anges! lui, mourir! — « Ses yeux sont mourants. — Sur la croix ! — Véritable- € ment mort! 0 toi! qui l'as permis! je bénis ton nom « glorieux pour toutes mes souffrances, et vais suivre celui <K que tu as livré à la mort!...

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