CHAPITRE HUITIÈME. Ho
c Tout à coup sa langue se roidit, la pâleur et le repos a de la mort couvrent son visage. Lazare pose la main sur « la sueur mortelle de son front, et dit : Va donc reposer en « paix avec le mort du Seigneur, toi , l'accomplie du Hisé- < ricordieux! Renais au jour lumineux de la vie éternelle! « Mon cœur est attaché au tien; cependant je te vois sans « chagrin rompre ton enveloppe mortelle et passer dans « la terre de promission. Soutien d*Israél , sois son appui « dans la sombre vallée du désert, et mène-la toi-même « dans la terre heureuse où tu sèches toutes les larmes , « où les accents des plaintes et des lamentations ne trou- « blent pas les acclamations de la reconnaissance. Soleil « terrestre, éteins-toi pour elle! et loi, dernier sommeil «de la niort, viens! Ouvre-toi doucement, ô cercueU, « pour donner le repos à ses ossements! Empare-toi d'elle, « corruption, poiu* que son corps mûrisse aussi à la vie!...
« L'Ange de Marie voit la mort triomphante l'emporter « sur l'agonisante; il en tressaille de joie si vivement, que « l'on entend le battement de ses ailes, dans un lointain «profond, comme le sifflement d'un essaim qui bour- « donne. Les assistants l'entendirent sans savoir ce que « c'était; mais le séraphin saisit les touches les plus ani- « mées de sa lyre, et toujours dans les agitations de sa «joie, sa main vacillante voltige sur toutes les cordes ^ rayonnantes. La mourante entend un son qui lui paraît « venir du ciel; elle se relève avec gravité pour écouter « vers la hauteur ; mais la main du séraphin ne tremble « plus, et lire de cette lyre, tendrement émue, des sons « que l'oreille n'a jamais ouïs; des sentiments non encore « éprouvés , de hautes et nouvelles pensées , sortant comme « du néant de la vie , se forment dans l'âme attentive de c Marie... Près de devenir cadavre, la mourante ne peut
« soutenir le ravissement que Thabitant des cieux verse « dans son cœur expirant. Il se brise! elle meurt! Peu fs après, son frère tombe à côté d'elle; il prend sa froide « main entre ses mains jointes, tarit courageusement ses « pleurs , et prie ainsi : — Louange à TAuteur de la vie ! « Pour cette mort libératrice , adorons ce divin bienfaiteur. «[ Eh bien ! sœur, te voilà donc dans les tabernacles de la < paix, mais ton âme n'y restera pas toujours seule; cette « matière corruptible se transformera un jour en immor- « talité... Transportez cette poussière sacrée; joignez-la à « la poussière de la terre... Mais non, ne l'emportez point « encore , pour que nous considérions avec un pieux éton- « nement celle que la foudre de la mort a renversée, et « qui sera réveillée par le son plus retentissant de la trom- « pette de la résurrection ! »
Ce qui domine dans celte poésie, c'est le souffle lyrique, large et puissant, toujours élevé dans les régions sublimes, et tendant à l'idéal. Ce lyrisme attendri, fruit d'un senti' fment profond, d'une piété douce , se perd souvent dans la contemplation mystique et la prière; il prend une teinte élégiaque, une mélancolie pleine de charme, qui rend (bien l'un des aspects du caractère allemand, à la fois religieux et rêveur. Mais il y a un écueil dans ce lyrisme soutenu pendant le cours d'un long poème, c'est la mono- : tonie , c'est la fatigue qui résulte de l'élévation même du .ton et de la pensée. Trop de grandeur éblouit; l'&me i humaine ne peut supporter que des élans momentanés; du haut de ces sommets où le poète lyrique l'emporte, elle retombe vite dans la région moyenne, qui est la sphère de sa faiblesse naturelle. La forme normale de là poésie lyrique est l'ode ou l'élégie, chant rapide de l'enthousiasme, aussi vite éteint qu'éprouvé. Mais une épopée qui