CHAPITRE HUITIÈME. Hot
lout d'abord celle qu'il adresse au Sauveur, pour le remer-^ cier d'avoir pu mettre à fin son grand poème; elle compte parmi ses plus belles.
« Je l'espérais de toi, ô Médiateur céleste! J'ai chanté le « cantique de la nouvelle alliance. La redoutable carrière « est parcourue, et tu m'as pardonné mes pas chance- « lants.
«Reconnaissance, sentiment étemel, brûlant, exalté,. « fais retentir les accords de ma harpe; hâte-toi : mon « cœur est inondé de joie, et je verse des pleurs de ravis- « sèment.
« Je ne demande aucune récompense; n'ai-je pas déjà « goûté les plaisirs des anges^ puisque j'ai chanté mon « Dieu? L'émotion pénétra mon âme jusque dans sa pro- « fondeur, et ce qu'il y a de plus intime dans mon être « fut ébranlé.
« Le ciel et la terre disparurent à mes regards ; mais « bientôt Forage se calma; le souffle de ma vie ressemblait « à Fair pur et serein d'un jour de printemps.
« Ah ! que je suis récompensé! N'ai-je pas vu couler les « larmes des chrétiens? Et dans un autre monde, peut-être « ïn*accaeilleront-iIs encore avec ces larmes célestes!
« J'ai senti aussi les joies humaines; mon cœur, je vou- « drais en vain te le cacher, mon cœur fut animé par « l'amour de la gloire; dans ma jeunesse, il battit pour « elle; maintenant il bat encore, mais d'un mouvement « plus contenu...
« Je suis au but! Oui, j'y suis arrivé, car je tremble de « bonheur; ainsi (pour parler humainement des choses «célestes], ainsi nous serons émus, quand nous nous « trouverons un jour auprès de Celui qui mourut et res- « suscita poumons...
« J'ai terminé le chant delà nouvelle alliance : la redou- <K table carrière est parcourue. 0 Médiateur céleste, je « l'espérais de loi ! »
La réputation de Klopstock est attachée à ses Odes plus encore qu'à sa Messiade; il y règne un vif sentiment de patriotisme; il aime à remuer les vieux souvenirs, à remonter aux origines de la Germanie, et il célèbre dans Arminius, vainqueur des Romains, le héros symbolique de l'indépendance de la patrie : trois de ses pièces sont consacrées à ce souvenir, sous le titre de Bardits; ce sont : le Combat d'Hertnann, Hérmann et les princes, la Mort d^Hermann. Voici un fragment de ce dernier chant :
« Sur le rocher couvert de mousse antique, asseyons- « nous, ô bardes, et chantons l'hymne funèbre. Que nul « ne porte ses pas plus loin ; que nul ne regarde sous ces « branches où repose le plus noble fils de la patrie.
« n est là, étendu dans son sang, lui, le secret effroi des « Romains, alors même qu'au milieu des danses guer- « rières et des chants de triomphe, ils emmenaient ^ap- « tive sa ThusneWa; non, ne regardez pas! qui pourrait le « voir sans pleurer? La lyre ne doit pas faire entendre « des sons plaintifs, mais des chants de gloire pour l'im- « mortel...
« Voyez-vous le torrent qui s'élance de la montagne et « se précipite sur ces rochers? Il roule avec ses flots. des « pins déracinés; il les amène pour le bûcher d'Hermann. « Bientôt le héros sera poussière; bientôt il reposera dans « la tombe d'argile; mais que sur cette poussière sainte « soit placé le glaive par lequel il a juré la perte du confie quérant...
« Voyez, dans le Walhalla, sous les ombrages sacrés, « au milieu des héros, la palme de la victoire à la main,