‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 78 sur 205 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

< Siegmor qui s'avance pour recevoir son Hermann. Le « vieillard rajeuni salue le jeune héros; mais un nuage de « tristesse assombrit son accueil, car Hermann n*ira plus a au Gapitole interroger Tibère devant le tribunal des

< dieux. »

On a reproché à Klopstock, en ressuscitant les vieilles traditions de la Germanie , d'y avoir introduit les bardes et quelques souvenirs de la poésie ossianique; cet anachronisme n'a pas grande importance en poésie; il disparaît devant les services rendus par lui à l'inspiration nationale, dont il a ravivé l'élan en la retrempant à sa source primitive. Si l'on y ajoute ce caractère de simplicité antique et cette gravité religieuse qui règne partout dans ses poèmes, on peut dire qu'il a été pour l'Allemagne l'initiateur de la poésie moderne, et qu'à ce titre il a droit à une gloire durable.

Dès ses débuts, il avait été frappé des beautés originales de la littérature anglaise et de la conformité de sentiments comme d'origine qu'elle devait avoir avec la littérature allemande. Dans une de ses odes, restée célèbre, il avait mis en rivalité les deux Muses, les excitant à une noble émulation; on y reconnaît l'influence de l'école de Zurich :

« J'ai vu... Oh! dites-moi, était-ce le présent, ou con- € templais-je l'avenir? J'ai vu la muse de la Germanie « entrer en lice avec la muse anglaise, s'élancer pleine « d'ardeur à la victoire.

« Deux termes élevés à l'extrémité de la carrière se dis- « tinguaient à peine; l'un, ombragé de chênes, l'autre, « entouré de palmiers.

« Accoutumée à de tels combats, la muse d'Albion des-

< cendit fièrement dans l'arène ; elle reconnut ce champ

« qu'elle parcourut déjà, dans sa lutte sublime avec le fils « de Méon, avec le chantre du Capitule.

a Elle vit sa rivale, jeune, tremblante ; mais son trem- « blement était noble : l'ardeur de la victoire colorait son « visage, et sa chevelure d'or flottait Sur ses épaules.

« Déjà, retenant à peine sa respiration pressée dans son « sein ému, elle croyait entendre la trompette, elle dévocc rait l'arène, elle se penchait vers le terme.

« Fière d'une telle rivale, plus fière d'elle-même, la « noble Anglaise mesure d'un regard la fille de Thuiscon. « Oui, je m'en souviens, dit-elle, dans les forêts de chêne, « près des bardes antiques, ensemble nous naquîmes.

a Mais on m'avait dit que tu n'étais plus. Pardonne, ô et muse, si tu revis pour l'immortalité, pardonne-moi de « ne l'apprendre qu'à cette heure... Cependant je le saurai « mieux au but .

« Il est là!... Le vois-tu dans le lointain? Par delà le « chêne, vois-tu les palmes, peux-tu discerner la cou- « ronne? Tu le tais... Oh! ce fier silence, ce courage con- « tenu, ce regard de feu fixé sur la terre, je le connais.

« Cependant, pense encore avant ce dangereux signal, « pense... n'est-ce pas moi qui déjà luttai contre la muse « des Thermopyles, contre celle des Sept-CoUines ?

<r Elle dit : le moment décisif est venu, le héraut s'ap- « proche. 0 fille d'Albion ! s'écria la muse de la Germanie, « je t'aime! en t'admirant je t'aime...; mais l'immortalité, ce les palmes me sont encore plus chères que toi. Saisis « cette couronne, si ton génie le veut; mais qu'il me soit a permis de la partager avec toi.

« Comme mon cœur bat!... Dieux immortels! Si môme « j'arrivais plus tôt au but sublime!... Oh! alors, tu me « suivras de près; ton souffle agitera mes cheveux flottants.

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