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CHAPITRE NEUVIÈME

et Voltaire, dont Tinfluence se fit plus tard sentir sur la direction de ses idées et de son goût ; au lieu de choisir les grands modèles du dix-septième siècle, il s'attacha à ceux de son temps, époque de décadence, où il y avait plus de souplesse, d'esprit et d'ironie que de véritable génie; il se condamnait ainsi à n'être, à leur suite, qu'un écrivain brillant et facile, un causeur ingénieux, im fécond polygraphe, laissant à d'autres le génie dominateur et inspiré. Mais, dans cette voie secondaire, il a eu une certaine puissance, et sa longue carrière marquée par diverses productions lui assigne dans sa patrie une place importante.

L'éducation religieuse qu'il avait reçue dans sa famille et dans les écoles combattit pendant quelque temps l'influence de ses mauvaises lectures. L'étude de la Théodicée de Leibnitz le rattacha pour plusieurs années au spiritualisme, qu'il était sur le point d'abandonner. Ses premiers ouvrages s'en ressentent ; il est admirateurde Rlopstock et se rattache à l'école mystique de Bodmer. Ainsi, tout en imitant Lucrèce, dans son poëme De la nature des choses^ il s'écarte des doctrines matérialistes du poëte latin, pour se rattacher à celles de Platon et de Leibnitz : ce poëme, en six chants, n'a pas moins de trois mille vers, et lui a valu le surnom de Lucrèce allemand. Ses Lettres morales, et son Anli'Ovîde^ toufours en vers, se distinguent aussi par un cachet religieux bien prononcé. Il fut môme entraîné par le souffle patriotique qui agitait alors tous les jeunes poëtes, et commença un poëme épique dont le héros était Arminius, personnage qui était devenu le symbole de la réaction contre l'étranger. Il enlenvoya les cinq premiers chants à Bodmer, qui fut charmé de cette nouvelle recrue, surtout quand il apprit que ce brillant début était l'œuvre d'an jeune homfne dé dix-sept ans. Rlopstock venait alors

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de quitter Bodmer, qui, ne Tayant pas jugé à la hauteur de son idéal, crut trouver en Wieland le poëte de l'avenir; il l'attira près de lui, et l'admit comme un fils dans son intérieur, le comblant de prévenances et de marques d'affection. L'élève répondit d'abord aux espérances du maître, et pendant les sept années de son séjour à Zurich, toutes ses compositions portent l'empreinte d'un platonisme chrétien qui comblait le vieux maître de joie et d'espérance : ce sont les Lettres des morts à leurs amis vivants, poëme en vers hexamètres où sont peintes les joies célestes en opposition aux maux dont on souffre sur la terre ; YÉpreuve (T Abraham, poëme en trois chants composé à la demande de Bodmer; les Sympathies et les Sentiments d'un Chrétien. Dans la préface de ce dernier ouvrage, il attaquait vigoureusement les tendances païennes dont se faisait l'interprète le poëte Uz, qui avait pris Anacréon pour modèle; il s'ensuivit une polémique assez vive, où Lessing intervint; Wieland fut taxé d'avoir exagéré la vertu, et il ne tarda pas à donner raison à ses adversaires en passant dans leur camp. Sa tragédie de Jeanne Gray, en vers iambiques, est un assez pauvre ouvrage : le théâtre n'était pas son fait; Clémentine de Porretta, drame en prose tiré de Grandisson, est encore plus faible; longueurs, trivialités, sentiments communs, tout concburt à en faire une mauvaise pièce. Un essai d'épopée, la Cyropédie, d'après Xénophon, marque encore cette période de notre écrivain; il s'arrêta au cinquième chant, et l'abandonna, envoyant qu'elle n'avait qu'un médiocre succès.

C'est à cette époque que commence pour Wieland une évolution qui ne tardera pas à être complète. Déjà Lessing avait fait remarquer que sa muse, abandonnant les sphères éthérées, daignait enfin se promener parmi les enfants des

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