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CHAPITRE NEUVIÈME

Après avoir composé le Miroir dor, roman politique » imité des Mille et une N0i, où sont exposées des théories administratives et politiques en vue du bonheur de l'humanitéy il écrivit Y Histoire des Ahdériiains; c'est le tableau, spirituellement tracé, des ridicules et des travers d*unc petite ville de province , qui n'était autre que Biberach, contre laquelle Fauteur avait quelque rancune. Les prétentions et les ridicules des Âbdéritains donnent fort à rire à leur malin compatriote, Démocritc, le rieur par excellence. L'ouvrage est resté comme modèle de verve railleuse et de fine plaisanterie.

Ohéron, poëme en douze chants, est tiré d'un vieux roman français, Huon de Bordeaux, qui appartient au cycle carlovingîen ; il marque l'apogée du talent de Wieland ; le style en est ravissant, on y trouve réunis les genres les plus divers, le pathétique, la grâce, à côté de la satire et de la gaieté burlesque; il y a de plus des descriptions charmantes ; mais parfois l'imagination de l'auteur l'entratne à des écarts que réprouve le bon goût, et dont a su se garantir Ariostc dans son Orlando, resté toujours inimitable; parfois le naturel est forcé, et la grâce dégénère en affectation. Rien de plus fantastique, de plus féerique que cette histoire du chevalier Huon; il a tué un fils de Gharlemagne, lequel l'avait attaqué traîtreusement, et il est condamné par l'empereur à se rendre à Babylone, à entrer au milieu de la cour où trône le sultan, à tuer le personnage assis à sa gauche, à embrasser trois fois sa fille, héritière du trône, assise à ses côtés, pour en faire sa fiancée, puis à arracher au souverain quatre dents et une poignée de sa barbe grise. Huon, pour sauver sa vie, entreprend cette périlleuse aventure, et réussit, grâce au concours que lui donne le nain Obéron ; il enlève la belle Esclarmonde, dont il se fait aimer,

et qui devient chrétienne pour lui plaire. Après mille aventures et mille dangers, dont ils sont sauvés par Obéron et Titania, les deux époux reviennent en France, et dans un tournoi où il est vainqueur, Huon gagne le duché de Guyenne, que Charlemagne accorde à sa bravoure et à son > obéissance.

Nous abrégeons un peu la longue nomenclature des ouvrages de cet infatigable écrivain : plusieurs n'ont qu'un intérêt secondaire, et depuis Obéron, un peu de faiblesse et d'épuisement se fait sentir. Clélia, Sinnibald^ la Cuve sont bien inférieurs. Aristippe, roman par lettres, n'eut de succès qu'à cause du nom de l'auteur. Il s'adonna alors à la traduction, et fit passer en allemand, avec un mérite incontestable, les SatireSy les ÉpUres d'Horace, les Lettres de Cicéron, les Œuvres de Lucien.

Avec son esprit actif et ses connaissances si variées, Wieland ne pouvait se désintéresser des questions philosophiques et politiques dont le dix-huitième siècle était si fortement préoccupé. Comme Klopstock, il applaudit aux

débuts de la Révolution française, mais dès 1792, il en

comprit les errements funestes ; il attaqua la Constituante, et blâma la suppression de la noblesse et du clergé. En 1798, dans son Dialogue entre quatre yeux, il se moqua du Directoire, et proposa, pour sauver la France, de nommer dictateur le général Bonaparte, alors en Egypte; le 18 brumaire justifia peu après cette singulière prophétie. Il réfuta aussi avec succès plusieurs des paradoxes de Jean- Jacques Rousseau, dans deux écrits intitulés : Sur l'état primitif de l'homme de Jean-Jacques Rousseau, et Sur Fessai fait par Jean-Jacques Rousseau pour découvrir le véritable état de nature de V homme.

En 1808, lors du congrès d'Erfurth, Napoléon, vainqueur

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